Dans un avis rendu public cette semaine, la Cour des comptes a livré une analyse sévère sur l'ambition française dans la course à l'ordinateur quantique. Les magistrats financiers considèrent que la rallonge d'un milliard d'euros annoncée par Emmanuel Macron ne suffira pas à assurer une position compétitive face aux géants américains et chinois. Ils exhortent l'ensemble des acteurs – État, collectivités, entreprises et investisseurs – à accélérer et à amplifier très significativement les investissements.

Un appel à la mobilisation générale

Selon le rapport de la rue de Cambon, la France aborde cette révolution technologique avec une « position fragile ». Les Sages soulignent que le quantum représente un « enjeu majeur de souveraineté » et qu'il serait dangereux de laisser passer cette vague. Ils recommandent donc une augmentation drastique des financements, tant publics que privés, pour soutenir la recherche, le développement industriel et la formation de talents hautement qualifiés.

Le document pointe notamment que les annonces récentes, bien que positives, restent très inférieures aux sommes déployées par les principaux concurrents internationaux. Les États-Unis, via des géants comme Google, IBM ou Microsoft, et la Chine, avec des soutiens étatiques massifs, investissent à des niveaux que l'Europe peine à égaler. La Cour estime que sans un effort collectif et coordonné, la France risque de décrocher définitivement dans ce secteur stratégique.

Un milliard jugé symbolique

L'enveloppe complémentaire d'un milliard d'euros, dévoilée par le chef de l'État dans le cadre de sa stratégie « France 2030 », est jugée « insuffisante » par l'institution. Les magistrats notent que cette somme, même cumulée aux crédits déjà engagés, ne permet pas de construire une filière quantique robuste et autonome. Ils rappellent que l'ordinateur quantique promet des ruptures majeures dans des domaines aussi variés que la cryptographie, la simulation de matériaux, la découverte de médicaments ou encore l'intelligence artificielle.

Pour les Sages, il ne s'agit pas seulement de financer la recherche fondamentale, mais aussi de bâtir des infrastructures expérimentales, de soutenir les start-up et PME innovantes, et de former des ingénieurs et techniciens en nombre suffisant. Le rapport appelle les pouvoirs publics à définir une feuille de route plus ambitieuse et à mobiliser des capitaux privés via des dispositifs incitatifs.

Un secteur en pleine accélération

L'avis de la Cour des comptes intervient dans un contexte où la compétition mondiale s'intensifie. Plusieurs pays ont déjà annoncé des investissements colossaux, et les premières machines capables de résoudre des problèmes inaccessibles aux supercalculateurs classiques commencent à émerger. En France, des entreprises comme Pasqal, Alice & Bob ou Quandela figurent parmi les plus prometteuses, mais elles peinent à franchir les étapes de passage à l'échelle sans une injection massive de capitaux.

La Cour des comptes insiste sur la nécessité d'une approche européenne coordonnée, tout en reconnaissant que la France doit montrer l'exemple. Le rapport préconise de doubler, voire tripler, les budgets alloués à cette filière dans les prochaines années, sous peine de voir les retards s'accumuler et les talents migrer vers des écosystèmes plus dynamiques.

Des recommandations concrètes

Au-delà du constat alarmiste, le document formule plusieurs propositions opérationnelles : créer un fonds dédié au quantique abondé par l'État et les investisseurs institutionnels ; mettre en place des guichets simplifiés pour les entreprises innovantes ; renforcer les partenariats entre laboratoires publics et industriels ; et lancer un grand plan de formation universitaire.

L'institution, habituellement peu encline à réclamer des dépenses supplémentaires, justifie cette position par l'urgence stratégique. Elle estime que le quantum est une « technologie de rupture » qui redessinera la carte de la puissance économique et militaire dans les décennies à venir. Sans une action rapide et déterminée, la France et l'Europe risquent durablement de se retrouver en position de dépendance vis-à-vis des acteurs américains et chinois.

Quelle suite pour le plan quantique ?

Pour l'heure, l'exécutif n'a pas officiellement répondu à ces critiques. Le ministère de l'Économie et celui de la Recherche devraient examiner les recommandations dans le cadre de la préparation du prochain budget. Les acteurs de la filière, qui réclament depuis des mois une vision plus claire et des moyens accrus, accueillent favorablement ce signal fort venu de la Cour des comptes. Reste à savoir si le gouvernement transformera cet appel en actions concrètes et rapides.