Des élus modérés du Parti démocrate ont intensifié leur opposition à l’aile gauche du parti en publiant une lettre intitulée « La Promesse à l’Amérique », dans laquelle ils affirment leur foi dans le capitalisme. Cette initiative intervient quelques jours après que des candidats proches des socialistes démocrates ont remporté des primaires dans des circonscriptions très favorables aux démocrates à New York, suscitant l’inquiétude d’une partie des cadres du parti.

Une charte pour marquer la différence

Le texte, rendu public le 26 juin, a été piloté par le représentant Tom Suozzi, élu dans une circonscription disputée de Long Island. Il y déclare : « Nous sommes capitalistes, pas socialistes. » La lettre rejette ce qu’elle présente comme des « choix fallacieux entre les extrêmes de droite et de gauche » et appelle à construire « un mouvement » alternatif au sein du parti. Les signataires entendent recueillir l’adhésion d’au moins vingt candidats aux élections, deux cents élus locaux et deux mille militants.

Des primaires qui changent la donne

Quelques jours plus tôt, des candidats étiquetés socialistes démocrates – notamment Zohran Mamdani, Darializa Avila Chevalier et Claire Valdez – se sont imposés dans des primaires pour la Chambre des représentants. Ces victoires pourraient doubler le nombre de membres du groupe parlementaire proche des socialistes démocrates. D’autres figures montantes, comme Abdul El-Sayed dans le Michigan ou Francesca Hong dans le Wisconsin, ont également attiré l’attention nationale.

Ces succès ont provoqué une onde de choc chez les centristes, qui redoutent que ces candidats ne soient trop radicaux pour remporter des élections générales. « Personne ne souhaite la victoire d’Abdul plus que les républicains », a avancé sa concurrente Haley Stevens, résumant un argument souvent employé par les modérés.

Des positions jugées extrêmes

Plusieurs déclarations des candidats socialistes démocrates sont critiquées par leurs adversaires internes. Darializa Avila Chevalier a refusé de répondre à une question sur la peine de prison pour les meurtriers. Claire Valdez a promis de « lutter pour la libération de la Palestine à Porto Rico ». Abdul El-Sayed a tenu des propos virulents sur la manière de répondre aux attaques politiques. Francesca Hong, en lice pour le poste de gouverneur du Wisconsin, avait auparavant appelé à l’abolition de la police et des prisons.

Au sein du Parti démocrate, certains voix soulignent que ces positions pourraient être utilisées par les adversaires républicains pour diaboliser l’ensemble du parti. Mais les partisans de la gauche radicale rétorquent que ces primaires montrent un appétit pour des politiques plus audacieuses, notamment en matière de santé, de climat et de justice sociale.

Un parti en pleine recomposition

Les tensions ne sont pas nouvelles, mais elles s’exacerbent à l’approche des élections de mi-mandat. L’influence croissante de l’organisation Democratic Socialists of America (DSA) inquiète les modérés. Selon une analyse récente, près de la moitié des membres de la direction de la DSA se considéreraient comme communistes, et l’organisation entretient des liens avec des régimes autoritaires comme Cuba et le Venezuela.

En parallèle, des figures plus anciennes comme le sénateur Michael Bennet ont perdu leur campagne, illustrant le virage à gauche des électeurs démocrates lors des primaires. L’ex-président Joe Biden, critiqué pour avoir laissé une administration dominée par de jeunes progressistes, est désormais absent de la scène politique.

Des réactions contrastées

Si la charte des modérés a reçu un accueil favorable dans certains cercles, d’autres estiment qu’elle constitue une diversion. Pour certains observateurs, le Parti démocrate revit un schéma historique où la lutte interne entre son aile modérée et sa gauche radicale a déjà conduit à des défaites électorales. La question centrale reste de savoir si les socialistes démocrates peuvent élargir leur base au-delà des bastions progressistes.

À quelques mois des élections, la bataille pour l’âme du parti est loin d’être tranchée. Les modérés espèrent que leur manifeste permettra de rassembler ceux qui rejettent à la fois le trumpisme et le socialisme radical, tandis que la gauche entend poursuivre sa conquête des primaires.