Un basculement global vers l'« énergie en priorité nationale »

Le conflit en cours entre les forces américano-israéliennes et l'Iran, qui a entraîné la fermeture prolongée du détroit d'Ormuz, précipite une prise de conscience géopolitique majeure : la dépendance aux hydrocarbures importés représente un risque trop coûteux. Partout dans le monde, des gouvernements et des entreprises cherchent à exploiter leurs propres ressources énergétiques, même si cela implique des investissements initiaux plus élevés. Cette tendance, que certains observateurs qualifient d'« énergie en priorité nationale », redessine les stratégies industrielles et les comportements individuels.

De la Guyane à l'Indonésie : des projets d'autonomie

En Amérique du Sud, la Guyane, jeune producteur pétrolier dont la croissance économique a été fragilisée par des pénuries de carburant au printemps, étudie la construction de sa première raffinerie. L'objectif est de transformer localement le brut qu'elle extrait plutôt que de dépendre des marchés internationaux perturbés. En Asie du Sud-Est, l'Indonésie accélère ses plans de développement solaire pour capter jusqu'à 100 gigawatts d'énergie photovoltaïque. Dans le même temps, plusieurs États asiatiques se tournent vers le charbon pour combler leurs déficits énergétiques immédiats, une solution de court terme qui contredit les engagements climatiques.

En Europe, la tentation nucléaire et le recours au charbon

La Belgique, de son côté, explore une voie différente : elle cherche à nationaliser ses installations nucléaires, acte qui traduit une volonté de contrôle public sur une source d'énergie jugée stratégique. Ce mouvement illustre comment le conflit iranien rebat les cartes des politiques énergétiques nationales, même au sein de l'Union européenne.

Des ménages et entreprises en première ligne

Les particuliers ne sont pas en reste. Aux Philippines, pays parmi les plus durement touchés par les frappes américano-israéliennes contre l'Iran, les importations de véhicules électriques et de panneaux solaires chinois ont atteint des sommets inédits. Selon le groupe de recherche londonien Ember, ces achats reflètent une volonté croissante de se prémunir contre la flambée des prix des carburants et de l'électricité. Le président de Solaric, une entreprise d'installation de panneaux solaires basée près de Manille, a confié que ses clients considèrent désormais cette technologie « comme un moyen de survivre à cette nouvelle ère ».

Les limites de l'autonomie énergétique

Néanmoins, cette course à l'indépendance a ses limites. Le système énergétique mondial s'est construit depuis des décennies sur l'interdépendance, chaque pays se spécialisant dans ce qu'il possède en abondance et important le reste, une logique qui réduit les coûts d'ensemble. Aucun État, même parmi les plus grands producteurs, n'est totalement autonome. Les États-Unis, premier producteur mondial de pétrole et de gaz naturel, continuent d'importer du brut du Canada, du Mexique et du Venezuela, tout en exportant leurs propres hydrocarbures vers le reste du globe. Ce constat suggère que la période actuelle ne marque pas la fin des échanges internationaux, mais une redéfinition contrainte des priorités énergétiques, où la sécurité d'approvisionnement prime temporairement sur la rentabilité.