Deux adolescents reconnus coupables de viol sur deux jeunes filles dans la localité de Fordingbridge, dans le sud de l’Angleterre, ont vu leur peine alourdie ce jeudi 2 juillet. La Cour d’appel a annulé les mesures de réinsertion prononcées en première instance et a ordonné leur placement en détention pour une durée de quatre ans.

Les deux garçons, aujourd’hui âgés de 15 ans, étaient âgés de 14 ans lorsqu’ils ont agressé une première adolescente de 15 ans en novembre 2024, puis une seconde de 14 ans en janvier 2025. Un troisième garçon, qui avait 13 ans au moment des faits, a été reconnu coupable de complicité et de captation vidéo des viols, mais sa peine de dix-huit mois de suivi en milieu ouvert n’a pas été modifiée.

Une décision initiale jugée trop clémente

En mai, le juge Nicholas Rowland, de la Crown Court de Southampton, avait choisi de ne pas incarcérer les deux principaux auteurs. Il leur avait imposé des « ordonnances de réinsertion pour jeunes », assorties d’une surveillance électronique et d’un suivi spécialisé, estimant que l’incarcération devait rester un dernier recours pour les mineurs. Cette décision avait suscité une vive émotion dans l’opinion publique et provoqué l’intervention du Procureur général pour l’Angleterre et le pays de Galles, Lord Richard Hermer, qui avait saisi la Cour d’appel en estimant la peine « indûment clémente ».

Le verdict de la Cour d’appel

La Lady Chief Justice, la baronne Sue Carr, a rendu l’arrêt au nom de la cour. Elle a déclaré que le juge de première instance « avait commis une erreur dans l’évaluation de la gravité des infractions » et que des peines de détention étaient « inévitables » pour les deux adolescents. Elle leur a signifié : « Vous avez tous deux violé deux filles à deux occasions différentes. Vous y preniez plaisir et vous vous encouragiez mutuellement. Vous avez aggravé la situation en filmant les actes. »

La magistrate a précisé que si les coupables avaient été majeurs, des peines supérieures à dix ans auraient été requises. Les deux garçons bénéficient d’un crédit de 231 jours déjà passés sous couvre-feu, ce qui réduira la durée effective de leur détention. Ils se sont également vu imposer une interdiction de contact à vie avec les victimes.

Des victimes qui témoignent

L’une des victimes, identifiée sous le pseudonyme de Jazmine (C1), a confié par l’intermédiaire de son avocate : « Je me sens comme si c’était moi qui avais été condamnée, comme si je vivais dans une prison alors que je n’ai rien fait de mal. » Sa famille a salué la décision de la cour, estimant que « justice a enfin été rendue » tout en rappelant que le traumatisme demeure.

La seconde victime (C2) avait précédemment dénoncé une peine « qui revenait à une tape sur les doigts » et avait exprimé ses craintes de croiser ses agresseurs dans la rue.

Des critiques sur la communication du parquet

Lors de l’audience, la Lady Chief Justice a également critiqué le service des poursuites pénales (Crown Prosecution Service) pour avoir diffusé un communiqué de presse inexact, affirmant à tort qu’un des viols avait été commis avec un couteau. Elle a jugé que ce document ne donnait pas une « représentation équitable » de l’affaire et avait pu alimenter des commentaires inappropriés de la part de parlementaires et de médias.

La défense annonce un pourvoi

Les avocats des deux adolescents ont indiqué leur intention de se pourvoir en cassation contre la nouvelle peine. Lors de l’audience, ils avaient plaidé que le juge initial avait correctement privilégié la réhabilitation, conformément aux principes directeurs du droit pénal des mineurs en Angleterre.

Un débat sur la justice des mineurs

Cette affaire a relancé le débat public sur l’équilibre entre réhabilitation et punition dans le traitement des jeunes délinquants sexuels. Les directives officielles rappellent que la détention doit être une solution de dernier recours pour les mineurs, mais les circonstances particulièrement graves des deux viols – filmés et partagés – ont conduit la cour à revoir sa position.