La Haute Cour de Delhi rejette l'appel de Telegram

La Haute Cour de New Delhi a rejeté, vendredi 19 juin, le recours déposé par Telegram contre la décision du gouvernement indien de bloquer temporairement l'application. Selon les documents judiciaires, la suspension, en vigueur depuis le début de la semaine, a retiré Telegram des boutiques d'applications et rendu la messagerie inaccessible sur le territoire indien. Le juge Tejas Karia a estimé que les ordonnances gouvernementales étaient motivées et respectaient la procédure légale.

Un qualificatif sévère du gouvernement

Lors des audiences à huis clos, les représentants du ministère indien des Technologies de l'information ont comparé Telegram à un « monstre à la Frankenstein », une métaphore soulignant selon eux la création incontrôlable d'un système devenu nuisible. Cette expression, rapportée dans plusieurs comptes-rendus, illustre la virulence des échanges entre l'exécutif et la plateforme.

Des accusations de fraude aux examens

Le blocage fait suite à des allégations selon lesquelles des canaux Telegram proposaient à la vente des questions de l'examen d'entrée aux études de médecine de premier cycle (NEET-UG). Le ministère a affirmé que même des questions falsifiées pouvaient induire en erreur les candidats. Un mois plus tôt, les autorités avaient annulé les résultats de ce test après des suspicions de fuites. Le gouvernement reproche à Telegram de ne pas avoir agi assez rapidement pour supprimer les comptes diffusant ces contenus.

La défense de Telegram

Dans ses écritures judiciaires, Telegram a contesté la version des faits présentée par le gouvernement, la qualifiant de « partiale et inexacte ». L'entreprise a assuré avoir retiré plus de 900 liens liés à des contenus illicites concernant l'examen. Son fondateur, Pavel Durov, a publiquement critiqué la mesure, estimant qu'elle pénalisait l'ensemble des utilisateurs indiens alors que les fuites avaient déjà circulé sur d'autres canaux.

Un marché crucial pour Telegram

L'Inde constituait, avant ce blocage, le premier marché de Telegram avec plus de 150 millions d'utilisateurs. Cette affaire s'ajoute à une série de tensions entre les grandes plateformes technologiques et les autorités indiennes, devenues plus strictes en matière de modération des contenus et de sécurité nationale.

Un contexte de répression mondiale

L'Inde rejoint une liste croissante de pays ayant pris des mesures restrictives contre Telegram. La Chine et l'Iran maintiennent respectivement des blocages depuis 2015 et 2018. Par ailleurs, la plateforme fait l'objet d'une enquête en France pour des manquements présumés à la lutte contre les contenus criminels, ainsi que d'un examen par les autorités malaisiennes et australiennes.

La décision de la Haute Cour de Delhi marque un nouveau chapitre dans la confrontation entre Telegram et les États, alors que la messagerie continue de faire face à des exigences réglementaires accrues à travers le monde.