Une nouvelle passe d'armes judiciaire
Ce jeudi 18 juin, le gouvernement indien a défendu devant la Haute Cour de Delhi sa décision de bloquer provisoirement l'accès à la messagerie Telegram sur l'ensemble du territoire. Cette interdiction, en vigueur jusqu'au 22 juin, a été ordonnée après que les autorités ont accusé la plateforme d'avoir servi à la fuite du sujet du concours national d'entrée en médecine (NEET). Devant les juges, les représentants de l'État ont qualifié Telegram de « monstre », selon des propos rapportés, ajoutant que l'application était devenue un outil pour les criminels, comparable au « nouveau dark web ».
Une plateforme jugée incontrôlable
Les arguments des avocats du gouvernement se sont appuyés sur la comparaison avec la célèbre créature de Mary Shelley : Telegram, ont-ils plaidé, s'est transformé en une entité échappant à tout contrôle, à l'image de Frankenstein. L'exécutif a soutenu que la messagerie cryptée permettait à des réseaux illicites d'opérer sans entrave, justifiant ainsi la mesure exceptionnelle de blocage prise à quelques jours des épreuves de rattrapage du NEET.
Telegram conteste fermement
De son côté, Telegram a saisi la justice indienne pour contester cette interdiction qu'elle juge disproportionnée. La plateforme, qui avait déjà annoncé son recours la veille, maintient que le blocage prive des millions d'utilisateurs légitimes d'un service de communication essentiel. L'audience de ce jeudi n'a pas encore abouti à une décision définitive, les débats se poursuivant sur la légalité et la proportionnalité de la mesure gouvernementale.
Un contexte de fraude électrique
Cette affaire s'inscrit dans la foulée du scandale ayant entaché l'examen d'entrée en médecine cette année. La découverte de fuites du sujet a contraint le gouvernement à annuler la session initiale et à organiser de nouvelles épreuves, prévues le 20 juin. Dans ce climat de suspicion, les autorités ont déployé des moyens inédits : l'armée de l'air a effectué des vols spéciaux pour acheminer les copies d'examen, afin d'éviter toute nouvelle compromission.
Des enjeux politiques et juridiques
L'affaire dépasse le simple cadre disciplinaire. Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi, confronté à des critiques sur la gestion des examens nationaux, cherche à montrer sa fermeté face aux fuites. Mais la méthode employée — un blocage total de Telegram — soulève des questions sur la liberté d'expression et la proportionnalité des restrictions en ligne. La défense de l'État a toutefois insisté sur le caractère temporaire de la mesure, la présentant comme une nécessité pour préserver l'intégrité du concours.
Réactions politiques
Parallèlement, le Premier ministre Modi s'est entretenu avec son homologue américain Donald Trump en marge du sommet du G7, où ils ont annoncé avoir réalisé des « progrès significatifs » vers un accord commercial bilatéral. Lors de ce même sommet, M. Modi a également plaidé pour que les pays du Sud global ne supportent pas seuls les conséquences du conflit iranien.
Quelle issue pour Telegram ?
La Haute Cour de Delhi devrait se prononcer dans les prochains jours sur la validité du blocage. En attendant, l'interdiction reste en vigueur, et des millions d'utilisateurs indiens ne peuvent pas accéder à la messagerie. L'issue de ce bras de fer judiciaire pourrait créer un précédent important pour la régulation des plateformes de messagerie cryptée en Inde, où le gouvernement cherche à renforcer son contrôle sur les communications numériques.