Un projet de reprise définitivement enterré
Après des mois de mobilisation, les porteurs du projet Exalia ont annoncé, le 9 juin, l'abandon définitif de leur tentative de reprise du site de Vencorex à Pont-de-Claix, en Isère. Ce plan, porté par d'anciens salariés et des industriels locaux, visait à sauvegarder une partie de l'activité du géant de la chimie, placé en liquidation judiciaire. La décision du tribunal de commerce a scellé l'issue de ce combat, suscitant colère et sentiment de gâchis parmi les défenseurs de l'outil industriel.
Séverine Dejoux, ancienne déléguée CGT de l'entreprise et figure du projet, a expliqué avoir reçu une réponse du juge indiquant que le plan ne pourrait pas aboutir dans les délais impartis. « En tant que candidat évincé, nous n’avons pas de possibilité de recours », a-t-elle déclaré, résumant l'impasse juridique dans laquelle se trouvent les repreneurs potentiels.
Un débat sur le rôle des liquidateurs judiciaires
L'échec d'Exalia, malgré un soutien quasi unanime des élus locaux, des syndicats et d'une partie de la profession, relance les critiques sur le fonctionnement des tribunaux de commerce et le rôle des liquidateurs judiciaires. Les détracteurs dénoncent un démantèlement accéléré de l'industrie nationale, au détriment de solutions alternatives portées par les salariés et le tissu économique local. La procédure, jugée opaque et trop rapide, n'aurait pas permis d'explorer toutes les options de reprise, selon les porteurs du projet.
Un lourd passif industriel
Vencorex, spécialisée dans les produits chimiques de spécialité, employait plusieurs centaines de personnes à Pont-de-Claix. Sa mise en liquidation a provoqué une onde de choc dans la vallée de la chimie grenobloise, fragilisant tout un écosystème. Le projet Exalia, baptisé en hommage à la volonté de redonner vie au site, proposait une reprise partielle avec un périmètre réduit et un financement appuyé par des acteurs locaux. Mais les exigences des liquidateurs et les contraintes de délai ont eu raison de cette tentative.
Quelles leçons pour l'avenir ?
Cet abandon pose la question de la capacité du système judiciaire commercial à préserver l'outil productif lors des procédures collectives. Plusieurs voix s'élèvent pour réclamer une réforme des tribunaux de commerce, afin de mieux prendre en compte les projets de reprise portés par les salariés et les collectivités. L'affaire Vencorex pourrait ainsi devenir un symbole des défaillances d'un système qui privilégie la liquidation rapide à la recherche de solutions de sauvetage.
En attendant, les anciens salariés de Vencorex et les défenseurs du projet Exalia tentent de faire entendre leur désarroi, tandis que le site de Pont-de-Claix se prépare à une fermeture complète. La mobilisation, bien que vaine sur le plan judiciaire, a au moins mis en lumière les fragilités d'une industrie chimique française livrée aux aléas des décisions de justice.