À quelques jours des élections législatives arméniennes, la Russie a intensifié sa pression sur son allié historique. Moscou a menacé d’augmenter les prix du gaz, de limiter les importations de produits arméniens et de suspendre Erevan de l’Union économique eurasiatique (UEE), selon des sources officielles. Ces mesures interviennent alors que l’Arménie a rejeté un ultimatum de Moscou exigeant l’organisation d’un référendum sur son orientation géopolitique.
Un chantage énergétique et commercial
La Russie, principal fournisseur de gaz de l’Arménie, a averti qu’elle pourrait réviser à la hausse les tarifs du gaz naturel si Erevan poursuit ses ambitions d’adhésion à l’Union européenne. Parallèlement, des dispositions seraient mises en place pour restreindre l’importation de certains produits arméniens sur le marché russe. Enfin, Moscou n’exclut pas d’exclure l’Arménie de l’UEE, l’union douanière et économique qui regroupe plusieurs ex-républiques soviétiques.
Ces pressions constituent une escalade significative dans le bras de fer qui oppose les deux pays depuis plusieurs mois. La Russie avait déjà rappelé son ambassadeur à Erevan et sommé les autorités arméniennes de choisir entre l’UE et l’UEE. Le gouvernement arménien avait alors fermement rejeté ce qu’il considère comme une ingérence dans ses affaires souveraines.
Un scrutin sous tension
Les élections législatives de dimanche sont perçues comme un test crucial pour l’avenir géopolitique du pays. Le parti au pouvoir, favorable à un rapprochement avec l’Occident, affronte une opposition soutenue par Moscou. Les observateurs redoutent que les menaces russes n’influencent le vote, alors que l’économie arménienne reste fortement dépendante de la Russie.
L’Arménie, membre de l’UEE depuis 2015, a multiplié les signes de rapprochement avec l’Union européenne ces dernières années, suscitant l’irritation du Kremlin. Erevan a notamment signé un accord de partenariat renforcé avec Bruxelles et participé à des exercices militaires avec l’OTAN, rompant avec sa traditionnelle allégeance à Moscou.
Réactions et perspectives
Pour l’instant, le gouvernement arménien n’a pas officiellement réagi aux dernières menaces russes. Mais des responsables arméniens ont réaffirmé leur détermination à poursuivre une politique étrangère « multidirectionnelle », tout en reconnaissant les risques économiques.
La Russie, de son côté, semble vouloir user de tous les leviers à sa disposition pour maintenir son influence dans le Caucase du Sud. L’enjeu dépasse la simple relation bilatérale : un basculement de l’Arménie vers l’UE affaiblirait la position de Moscou dans une région déjà marquée par les tensions avec l’Azerbaïdjan et la Géorgie.
Les prochains jours seront décisifs. Si les menaces russes se concrétisent, l’Arménie pourrait faire face à une grave crise économique, tandis que Moscou risquerait de perdre définitivement un allié de longue date.