Le théâtre du Châtelet a vécu, ces derniers jours, l'un de ces moments de grâce où l'opéra-bouffe retrouve toute sa puissance corrosive. « La Vie parisienne » de Jacques Offenbach, mise en scène par Valérie Lesort, a été accueillie par une ovation, confirmant l'enthousiasme suscité par cette production d'envergure qui réunit les comédiens de la Comédie-Française.
Une basse-cour humaine sur scène
Valérie Lesort, connue pour son goût du burlesque et du grotesque, a choisi de pousser à l'extrême la satire de la société du Second Empire en transformant les personnages en une véritable basse-cour. Les artistes incarnent des animaux – poules, coqs, cochons – dont les attitudes et les cris amplifient la critique des mœurs épicuriennes et superficielles de l'époque. Loin de l'image sage de l'opérette classique, la mise en scène assume une forme de chaos organisé, où les pulsions et les instincts sont mis à nu.
Une distribution exceptionnelle
Le succès de ce spectacle doit beaucoup à sa distribution. Christian Hecq, sociétaire de la Comédie-Française renommé pour son jeu physique, insuffle une énergie débordante à son rôle. Benjamin Lavernhe, autre pilier de la troupe, apporte sa finesse comique et sa présence scénique. La soprano Marie Oppert, révélation de ces dernières années, mêle virtuosité vocale et un sens aigu de la comédie. L'ensemble de la troupe, parfaitement soudé, donne vie à une galerie de personnages hauts en couleur.
Une partition réinventée
Si l'œuvre d'Offenbach reste la colonne vertébrale de la soirée, Valérie Lesort et son équipe musicale ont opéré une réorchestration qui modernise le son sans trahir l'esprit original. Les airs célèbres – comme le fameux galop ou la ritournelle du « Brésilien » – sont réinterprétés avec une vitalité qui fait danser la salle. Les dialogues, souvent abrégés dans les mises en scène classiques, sont ici redonnés avec leur causticité première, renforçant la dimension pamphlétaire de l'opéra-bouffe.
Un public conquis
Le public parisien, habituellement exigeant, s'est laissé emporter par cette frénésie joyeuse. Les rires fusent, les applaudissements ponctuent chaque air, et le final provoque une standing ovation. Les critiques, unanimes, saluent « la drôlerie et la virtuosité » du spectacle. Certains spectateurs interrogés à la sortie évoquent un « moment d'euphorie rare », tandis que d'autres insistent sur la pertinence de la satire dans le contexte actuel. « On se croirait dans un monde où tout n'est que plaisir et faux-semblants, comme aujourd'hui », confie une spectatrice.
Un pari réussi pour le Châtelet
Avec cette production, le théâtre du Châtelet confirme son ambition de renouveler le répertoire lyrique en proposant des lectures contemporaines et audacieuses. « La Vie parisienne » version Lesort ne se contente pas de divertir : elle questionne, provoque et réveille. Le public, massivement présent, a prouvé que l'opérette a encore de beaux jours devant elle, à condition de savoir la bousculer avec intelligence et plaisir. Les représentations se poursuivent dans les prochaines semaines, et d'ores et déjà, les places s'arrachent.