Le gouvernement britannique a annoncé la mise en place d'un commissaire à la maternité doté de pouvoirs étendus, en réponse à un rapport accablant qui a mis en lumière des défaillances qualifiées de «choquantes» et de «systémiques» au sein des services de maternité et de néonatalogie en Angleterre.
Cette décision fait suite à la publication de l'enquête indépendante menée par la baronne Valerie Amos, ancienne secrétaire générale adjointe des Nations unies et directrice de l'University of London. Le rapport, dont les conclusions ont été rendues publiques ce mardi 30 juin, dresse un constat sévère : des lacunes graves dans la prise en charge des mères et des nouveau-nés, avec des conséquences tragiques qui se répètent depuis des années.
Un rapport qui épingle «un échec global du système»
L'enquête Amos, commanditée après une série de scandales dans les maternités anglaises — notamment à Shrewsbury et Telford, ainsi qu'à East Kent — a analysé les causes profondes de ces défaillances. Selon ses conclusions, il ne s'agit pas de cas isolés mais d'une «défaillance d'ensemble du système». Parmi les problèmes identifiés figurent la pénurie de personnel, une culture de la dissimulation, et un manque chronique de transparence dans la communication des incidents graves aux familles.
Le rapport souligne que des milliers de bébés et de mères ont subi des préjudices évitables, et que les mêmes erreurs se reproduisent dans différents hôpitaux sans que des mesures correctives durables ne soient mises en œuvre. Les familles endeuillées, qui se sont longtemps battues pour que leurs voix soient entendues, ont accueilli les conclusions avec un mélange de soulagement et de colère.
Un commissaire aux pouvoirs renforcés
Pour répondre à ces critiques, l'exécutif a annoncé la création d'un poste de commissaire à la maternité (maternity commissioner). Cette autorité indépendante disposera de pouvoirs inédits pour enquêter sur les manquements, exiger la mise en conformité des établissements de santé et garantir que les leçons des scandales passés soient effectivement appliquées.
Le nouveau commissaire aura notamment la faculté de demander des comptes aux dirigeants des hôpitaux et de recommander des sanctions en cas de non-respect des normes. Il sera également chargé de superviser la mise en œuvre des 15 recommandations émises par le rapport Amos, qui portent sur la sécurité des patients, la formation du personnel et l'obligation de transparence envers les familles.
Des réactions contrastées sur l'ampleur des mesures
Si la création de ce poste est largement saluée, certaines voix s'interrogent sur la portée réelle des changements annoncés. Des associations représentant les familles de victimes estiment que les mesures, bien que significatives, pourraient ne pas suffire à transformer en profondeur une culture hospitalière jugée trop souvent défensive. Elles réclament des mécanismes d'application plus contraignants, notamment la possibilité de suspendre ou de démettre les responsables en cas de négligence grave.
D'autres acteurs du secteur de la santé, tout en reconnaissant la nécessité d'une réforme, mettent en garde contre le risque de multiplier les structures de contrôle sans s'attaquer aux causes structurelles : le sous-effectif chronique, la pression sur les budgets et la charge de travail excessive des sages-femmes et des obstétriciens.
Un engagement gouvernemental à long terme
Le gouvernement a précisé que le commissaire à la maternité serait nommé dans les prochains mois, à l'issue d'un processus de recrutement transparent. Il a également affirmé que des ressources supplémentaires seraient débloquées pour accompagner les réformes, sans toutefois chiffrer les montants exacts. L'exécutif a promis de publier un plan d'action détaillé d'ici la fin de l'année pour suivre la mise en œuvre des recommandations.
Cette annonce intervient dans un contexte de défiance croissante du public envers les autorités sanitaires, après une série de scandales retentissants dans les services de maternité anglais. La baronne Amos, dans la préface de son rapport, a déclaré que «la confiance des familles ne pourra être restaurée que par des changements concrets et durables, non par des promesses». Le défi pour le nouveau commissaire sera désormais de transformer ces paroles en actions.