Le suspense prend fin au Pérou. Trois semaines après le second tour de l'élection présidentielle, le bureau national des processus électoraux (ONPE) a officiellement déclaré Keiko Fujimori élue à la tête de l'État. La candidate du parti Force populaire l'emporte avec une avance de 0,3 point sur son adversaire de gauche, Roberto Sánchez, selon les résultats définitifs publiés ce lundi 30 juin. Ce scrutin, parmi les plus serrés de l'histoire récente du pays, a tenu le pays en haleine depuis le 7 juin.

Dès l'annonce de la proclamation, Roberto Sánchez a dénoncé des « irrégularités massives » dans le processus de dépouillement et a refusé de reconnaître la défaite. Devant ses partisans rassemblés dans le centre de Lima, il a qualifié le scrutin de « frauduleux » et a appelé à une « mobilisation pacifique et massive » pour défendre la volonté populaire. « Nous ne permettrons pas que l'on vole les voix des Péruviens », a-t-il déclaré, ajoutant que son camp disposait de preuves de manipulations dans plusieurs bureaux de vote ruraux.

Des tensions croissantes

À Lima et dans plusieurs grandes villes du pays, des manifestations ont éclaté dans la foulée de la proclamation. Des affrontements entre partisans des deux camps ont été signalés, notamment près du palais du gouvernement, où la police a dispersé des rassemblements à l'aide de gaz lacrymogènes. Le bilan provisoire fait état de plusieurs blessés légers. Le gouvernement sortant a appelé au calme et au respect des institutions.

Le camp Fujimori, de son côté, a salué une « victoire claire et transparente » et a appelé à l'unité nationale. Keiko Fujimori, lors d'une brève allocution, a promis de « gouverner pour tous les Péruviens » et de respecter l'État de droit. Elle a également invité son adversaire à reconnaître les résultats et à s'engager dans la transition.

Un contexte de défiance institutionnelle

Cette élection intervient dans un climat de forte polarisation politique. Roberto Sánchez, ancien leader syndical, avait basé sa campagne sur la lutte contre la corruption et les inégalités, tandis que Keiko Fujimori, fille de l'ancien président autoritaire Alberto Fujimori, incarnait une ligne conservatrice et libérale. Les accusations de fraude portées par le camp Sánchez ravivent les craintes d'une crise politique durable, similaire à celle observée ces dernières années dans d'autres pays de la région.

L'ONPE, l'Organisation des États américains (OEA) et l'Union européenne, qui ont déployé des observateurs électoraux, ont jusqu'à présent qualifié le scrutin de « régulier » dans son déroulement global, tout en notant des « lacunes » dans certaines zones reculées. La communauté internationale, par la voix de plusieurs chancelleries, a appelé au dialogue et à la résolution pacifique des différends.

Quel avenir pour le Pérou ?

La transition de pouvoir s'annonce sous haute tension. Keiko Fujimori, qui faisait face à des poursuites judiciaires pour ses liens présumés avec des affaires de corruption dans des enquêtes antérieures, voit son élection comme une victoire personnelle après trois tentatives infructueuses. Roberto Sánchez, lui, promet de poursuivre la contestation par tous les moyens légaux et d'organiser des marches pacifiques. L'issue de cette élection pourrait déterminer la stabilité politique du Pérou pour les années à venir.