Des opérations de déminage au cœur des dissensions
L’Iran a adressé une requête diplomatique à la France pour que Paris s’abstienne de toute entrave aux futures opérations de déminage que Téhéran prévoit dans le détroit d’Ormuz, a-t-on appris de sources officielles iraniennes. Cette demande intervient alors que le passage maritime, crucial pour le transport pétrolier mondial, reste au centre des négociations entre les grandes puissances et la République islamique.
Les autorités iraniennes n’ont pas fourni de calendrier précis pour ces opérations de déminage, mais elles les présentent comme une mesure nécessaire pour garantir la sécurité de la navigation après des semaines de perturbations. Le détroit d’Ormuz, par où transite environ un cinquième du pétrole mondial, a été partiellement fermé sur décision de Téhéran en juin, en riposte à un blocus américain renforcé.
Un statut « spécial » pour les pays amis envisagé
Parallèlement, Téhéran réfléchit à l’instauration d’un droit de passage « spécial » pour les « pays amis » dans le détroit, selon des propos rapportés par des responsables iraniens. Cette mesure, qui pourrait prendre la forme d’un traitement préférentiel ou de frais réduits, s’inscrirait dans la stratégie de l’Iran visant à réaffirmer son contrôle sur cette voie d’eau stratégique, tout en maintenant des relations avec ses partenaires régionaux.
La notion de « pays amis » n’a pas été officiellement définie par Téhéran, mais elle inclurait probablement la Russie, la Chine et plusieurs États voisins comme Oman, avec lequel l’Iran a récemment engagé des discussions sur la gestion conjointe du détroit. Ces consultations bilatérales, entamées fin juin, portaient notamment sur les coûts d’administration du passage et la reprise d’un trafic régulier.
La position française en question
La requête iranienne à la France s’explique par le rôle actif que Paris a joué dans les tentatives de réouverture du détroit. La France, aux côtés du Royaume-Uni, s’était déclarée prête à rétablir la navigation après l’accord annoncé entre Washington et Téhéran mi-juin. Un navire gazier français avait même été le premier à franchir le détroit après cet accord, ouvrant la voie à une reprise partielle du trafic.
Cependant, les divergences persistent entre les parties sur la nature des frais de passage. Le président américain Donald Trump avait évoqué l’idée d’un « péage » américain, rapidement écartée par Emmanuel Macron, qui privilégiait une reprise rapide et sans entrave du trafic. L’Iran, de son côté, insiste pour administrer seul le détroit, une position que son négociateur Ghalibaf a réaffirmée à plusieurs reprises.
Un contexte géopolitique toujours tendu
Les opérations de déminage envisagées par Téhéran s’inscrivent dans un climat de méfiance réciproque. L’Iran avait annoncé fin juin le minage de certaines de ses installations stratégiques, par crainte d’une opération américaine, et avait scellé son stock d’uranium. Parallèlement, les Émirats arabes unis auraient bloqué des fonds destinés à l’Iran, compliquant encore les relations régionales.
La demande officielle de Téhéran à Paris souligne la fragilité des équilibres dans la région. Si la France accède à la requête iranienne, cela pourrait être perçu comme une reconnaissance implicite du contrôle de Téhéran sur le détroit, ce que plusieurs puissances occidentales contestent. À l’inverse, un refus de Paris pourrait raviver les tensions et compromettre les efforts de normalisation du trafic.
Pour l’instant, aucune réponse officielle de la France n’a été rendue publique. Les discussions se poursuivent entre les différentes parties, tandis que le trafic dans le détroit d’Ormuz reste sporadique, loin des volumes d’avant-crise.