Le Mexique a officiellement annoncé son intention de déposer des plaintes pénales aux États-Unis concernant la mort d'au moins 17 de ses citoyens lors d'interventions liées à l'immigration. Le secrétaire d'État adjoint mexicain chargé de l'Amérique du Nord, Roberto Velasco, a déclaré que son gouvernement prendrait des « mesures juridiques énergiques » pour protéger les droits humains des Mexicains se trouvant sur le territoire américain.

Selon les informations fournies par les autorités mexicaines, quatorze personnes auraient perdu la vie alors qu'elles étaient détenues par l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), et trois autres lors d'« opérations d'arrestation » menées par cette même agence. Ces chiffres n'avaient pas été rendus publics auparavant et suscitent une vive émotion des deux côtés de la frontière.

L'affaire de Houston au cœur des tensions

Parmi ces cas, celui de Lorenzo Salgado Araujo, un ouvrier mexicain de 52 ans, a particulièrement ému l'opinion publique. Tué par balle par un agent de l'ICE à Houston le 8 juillet, il circulait en voiture pour se rendre sur son chantier, selon son fils Ronaldo Salgado. Ce dernier a confié aux médias que son père « ne méritait pas d'être réduit à un simple titre d'article sur un Mexicain abattu par l'ICE ». Installé depuis trente ans dans la région de Houston, Salgado travaillait comme maçon et vivait avec sa famille.

Le ministère américain de la Sécurité intérieure (DHS) a diffusé une version des faits différente. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, l'agence affirme que l'agent de l'ICE tentait d'effectuer un contrôle routier dans le cadre d'une opération ciblée visant à arrêter un étranger en situation irrégulière. Selon le DHS, Salgado aurait « tenté d'échapper à l'arrestation », percuté un véhicule des forces de l'ordre, refusé d'obéir aux ordres verbaux, et « utilisé son véhicule comme une arme » pour renverser un agent, poussant ce dernier à faire feu en état de légitime défense.

Des élus américains réclament une enquête indépendante

La mort de Lorenzo Salgado Araujo a provoqué une vague d'indignation. Plus d'un millier de personnes ont manifesté mercredi à Houston. Quatre membres du Congrès américain, tous démocrates, ont adressé une lettre au DHS pour exiger une enquête « totalement indépendante et transparente ». Ils rappellent que ce n'est « pas la première fois que des agents de l'ICE font usage d'une force mortelle inutile », citant les précédents de Renee Good et Alex Pretti, deux citoyens américains tués par des agents fédéraux à Minneapolis en janvier, qui avaient déjà déclenché des manifestations nationales.

Dans leur courrier, les parlementaires dénoncent la communication du DHS : « Au lieu de réponses et de responsabilité, le DHS et l'ICE ont publié une déclaration reprenant les mêmes récits que nous avons entendus auparavant, évoquant une tentative d'évasion, l'utilisation d'un véhicule comme arme et l'affirmation que la fusillade mortelle était le résultat d'une légitime défense. »

Contexte juridique et diplomatique

La décision du Mexique de saisir la justice américaine souligne la dégradation des relations entre les deux pays sur les questions migratoires. Roberto Velasco n'a pas précisé la nature exacte des plaintes ni le délai de dépôt, mais l'annonce intervient alors que plusieurs familles de victimes réclament des comptes. Les cas recensés incluent notamment quatre décès survenus dans le centre de détention fédéral d'Adelanto, en Californie, où des ressortissants mexicains sont morts en garde à vue.

L'administration américaine n'a pas encore répondu officiellement aux annonces mexicaines. L'enquête interne promise par le DHS sur l'incident de Houston est attendue, mais les élus démocrates comme le gouvernement mexicain insistent pour qu'elle soit menée de manière indépendante et transparente.