Pour la première fois de son histoire, le Medef a élaboré sa propre stratégie de redressement des finances publiques, un document inédit qu'il a rendu public ces derniers jours. L'organisation patronale y détaille une cinquantaine de mesures destinées à réaliser d'importantes économies, avec un objectif chiffré qui varie selon les sources : certains documents mentionnent 44 milliards d'euros dès l'année prochaine et 100 milliards d'ici à 2030, tandis que d'autres évoquent 33 milliards dès 2027 et 86 milliards à l'horizon 2030. Cette divergence apparente n'a pas été officiellement clarifiée par le Medef.

Des mesures qui ciblent les dépenses publiques

Le plan du Medef repose sur un ensemble de propositions visant à réduire la dépense publique sans augmenter les prélèvements sur les entreprises. Parmi les pistes avancées figurent une réforme du financement de la protection sociale, déjà présentée en juin, qui prévoit un vaste troc : les cotisations sociales seraient massivement allégées – 16 milliards d'euros pour les employeurs et 9 milliards pour les salariés – en contrepartie d'une hausse de plus de deux points du taux normal de la TVA (rapportant 19 milliards) et d'un alourdissement de la fiscalité des retraités (6 milliards). Cette réforme, précise l'organisation, n'améliore pas en elle-même le solde budgétaire, mais elle vise à financer un choc de compétitivité.

Les fonctionnaires et les retraités sont particulièrement mis à contribution dans ce plan. Le Medef propose notamment une « année blanche » sur les prestations sociales en 2027, une mesure que son président Patrick Martin juge indispensable : « Il n'y a pas d'alternative sérieuse à une année blanche sur les prestations sociales en 2027 », a-t-il déclaré. L'organisation préconise également une réduction des effectifs de la fonction publique et une modération des dépenses de santé et d'éducation.

Un contexte budgétaire alarmant

Ce plan intervient dans un climat de tensions budgétaires accrues. Le déficit public de la France s'est établi à 5,1 % du produit intérieur brut en 2025, très loin de l'objectif de 3 % promis à Bruxelles pour 2030. Le Fonds monétaire international, la Cour des comptes et l'Organisation de coopération et de développement économiques ont tous récemment alerté sur la dérive des finances publiques françaises.

Le Medef se dit las de l'incapacité des responsables politiques à maîtriser les comptes et soucieux d'éviter de nouvelles ponctions sur les entreprises. « L'effort budgétaire ne peut ni attendre, ni reposer sur une nouvelle ponction des entreprises », a expliqué Patrick Martin, quelques jours avant la réunion du Comité d'alerte sur les finances publiques prévue le 7 juillet à Bercy.

Des réactions attendues

Ce plan, qui constitue une première pour l'organisation patronale, devrait susciter des débats nourris, tant au sein du gouvernement que parmi les partenaires sociaux. Les syndicats de fonctionnaires et les associations de retraités ont déjà exprimé leur opposition à des mesures qu'ils jugent injustes. Le gouvernement, de son côté, n'a pas encore officiellement réagi à ces propositions, mais le calendrier politique – avec la réunion du Comité d'alerte et la préparation du budget 2027 – pourrait offrir une fenêtre de discussion.

Le Medef espère que son plan servira de base de travail pour les discussions à venir, estimant que la situation exige des décisions rapides et structurelles. « Il n'y a pas de solution miracle », a reconnu Patrick Martin, tout en insistant sur la nécessité d'agir sans délai pour rétablir la crédibilité budgétaire de la France vis-à-vis de ses partenaires européens et des marchés financiers.