La pièce « Passeport », écrite et mise en scène par Alexis Michalik, ne sera finalement pas jouée au théâtre municipal de Castres, dans le Tarn, comme cela était prévu pour février 2027. La décision a été prise par la majorité municipale, remportée en mars dernier par le Rassemblement national. Le maire, Florian Azéma, a justifié ce revirement en expliquant qu’aucun contrat n’avait été signé avec la production et qu’il revenait aux élus de fixer la programmation culturelle.
Une pièce sur la migration et l’exil
« Passeport » retrace le destin d’un ressortissant érythréen laissé pour mort dans la jungle de Calais. Le spectacle, salué par la critique et joué dans plusieurs villes, aborde frontalement la question migratoire et les conditions de vie des exilés. Pour Alexis Michalik, cette annulation n’est pas un simple ajustement administratif mais un acte de censure politique. « Je suis inquiet pour toutes les œuvres, tous les artistes et tous les programmateurs qui pourraient demain subir le même sort », a-t-il déclaré, estimant que le sujet de la pièce a motivé la décision de la mairie.
Les arguments de la municipalité
Interrogé sur les ondes de la station locale Ici Occitanie, Florian Azéma a affirmé que la précédente équipe municipale n’avait pas engagé formellement la ville par contrat, ce qui laissait toute latitude à la nouvelle majorité pour modifier l’affiche. Il a présenté cette déprogrammation comme l’exercice normal des prérogatives des élus en matière culturelle. « Nous avions la totale liberté de revenir sur cette programmation », a-t-il insisté, sans faire explicitement référence au contenu de la pièce.
Un contexte politique tendu
La mairie de Castres est passée sous contrôle du Rassemblement national lors des élections municipales de mars, une victoire qui a marqué un tournant dans cette ville de près de 42 000 habitants. Depuis, plusieurs observateurs et acteurs culturels redoutent une remise en cause de la politique culturelle héritée des mandats précédents. L’annulation de « Passeport » intervient dans un climat où d’autres collectivités dirigées par l’extrême droite ont également procédé à des révisions de programmation, suscitant des débats sur les limites de la liberté d’expression et le rôle des élus dans le choix des œuvres présentées au public.
Une réaction au-delà de Castres
Alexis Michalik, auteur de pièces à succès comme « Edmond » ou « Le Cercle des illusionnistes », bénéficie d’une large notoriété. Sa prise de parole a rapidement été relayée et alimente les discussions sur l’instrumentalisation politique de la culture. Plusieurs associations de défense des droits culturels ont exprimé leur soutien au metteur en scène et dénoncé une atteinte à la liberté artistique. Pour l’instant, la mairie de Castres n’a pas annoncé de spectacle de remplacement pour la date prévue en février.