Des journées potentiellement mortelles en forte augmentation
Alors que le continent européen fait face à des épisodes caniculaires récurrents, une nouvelle analyse scientifique met en lumière un facteur de risque souvent sous-estimé : l'humidité combinée à la chaleur. Selon des travaux publiés le 24 juin par Climate Central, une association réunissant principalement des scientifiques, le nombre annuel de journées de chaleur humide dangereuse a plus que doublé à l'échelle planétaire depuis les années 1970. Il est passé de 10 jours en moyenne par an il y a cinquante ans à 23 jours aujourd'hui.
L'étude qualifie de « dangereuse » toute journée où la température maximale au thermomètre-globe mouillé — un indicateur qui conjugue la chaleur et l'humidité — atteint ou dépasse 25 °C. Ce seuil peut sembler modeste, mais le taux d'humidité dans l'air influence fortement la capacité du corps à se refroidir par la transpiration, rendant une telle température potentiellement létale, notamment pour les personnes âgées, les femmes enceintes, les enfants ou les individus ne disposant pas d'accès à un rafraîchissement.
83 % des journées dangereuses en 2025 liées au réchauffement
Les chercheurs estiment que 64 % de l'ensemble des journées de chaleur humide dangereuse recensées sur la planète depuis 1970 sont attribuables au changement climatique d'origine anthropique. Cette proportion ne cesse de croître : en 2025, près de 83 % de ces journées — soit 19 sur 23 — étaient directement imputables à la crise climatique, principalement causée par la combustion des énergies fossiles.
« Ces résultats sont sans équivoque : le changement climatique, qui ne contribuait qu'à titre mineur aux journées de chaleur humide dangereuse, en est désormais le principal facteur », explique Kaitlyn Trudeau, climatologue étasunienne à l'origine de l'analyse. « Dans certaines régions du monde, la chaleur humide — qui autrefois était rare, voire pratiquement impossible sans le changement climatique — est désormais une caractéristique déterminante, mettant en danger la vie de millions de personnes », ajoute-t-elle.
Un risque pour des régions entières
Cette évolution menace de rendre certaines régions du globe pratiquement inhabitables pendant une partie de l'année. Les zones tropicales et subtropicales, notamment en Asie du Sud, au Moyen-Orient et dans certaines parties de l'Amérique latine, sont particulièrement exposées. En Europe, si les températures enregistrées lors des canicules récentes sont souvent inférieures aux seuils extrêmes des tropiques, l'humidité élevée combinée à des températures modérément élevées peut déjà créer des conditions dangereuses pour la santé publique.
Un bilan humain déjà lourd
Les données du Lancet Countdown, dévoilées en novembre dernier, indiquent que les chaleurs liées au changement climatique tuent chaque année 546 000 personnes dans le monde. Les chercheurs de Climate Central soulignent que la chaleur humide est « désormais une caractéristique déterminante » du climat contemporain et que ce phénomène aggrave directement cette mortalité. L'analyse publiée le 24 juin intervient dans un contexte où plusieurs rapports, dont ceux d'Oxfam, ont récemment mis en lumière le nombre élevé de décès liés à la chaleur en France, avec plus de 5 000 morts par an.
Un appel à l'action climatique
Face à ces constats, les scientifiques appellent les gouvernements à accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à mettre en place des mesures d'adaptation pour protéger les populations vulnérables. L'analyse de Climate Central souligne que sans une diminution rapide de l'utilisation des combustibles fossiles, la fréquence et l'intensité des journées de chaleur humide dangereuse continueront d'augmenter, exposant toujours davantage de personnes à des risques sanitaires parfois mortels.