Le nombre de journées où l'organisme humain est soumis à un stress thermique critique a été multiplié par deux en cinquante ans. Tel est le principal enseignement d'une étude menée par des chercheurs de l'Université d'Hawaï, qui ont analysé des relevés satellitaires couvrant la période de 1973 à 2023. Les résultats montrent que les épisodes au cours desquels la température humide – un indicateur combinant chaleur et humidité – dépasse le seuil de 27 °C sont devenus deux fois plus fréquents qu'il y a un demi-siècle.

La « température humide », un indicateur plus pertinent que la seule température de l'air. Contrairement à la température classique, la température humide (ou « wet-bulb temperature ») tient compte du taux d'humidité. Lorsque l'air est saturé en vapeur d'eau, la transpiration ne peut plus s'évaporer efficacement, ce qui rend le refroidissement du corps quasiment impossible. Au-delà de 35 °C de température humide, un adulte en bonne santé au repos peut mourir en quelques heures. Le seuil de 27 °C est considéré comme dangereux, car il peut provoquer des malaises, des crampes de chaleur et aggraver des pathologies préexistantes.

Des régions du globe particulièrement exposées. L'analyse révèle que les zones les plus touchées par cette hausse sont l'Asie du Sud, le pourtour du golfe Persique et les côtes entourant le golfe du Mexique. Dans ces régions, le nombre annuel de journées dangereuses a parfois plus que triplé. Les chercheurs expliquent cette progression par le réchauffement climatique d'origine anthropique, qui élève la température moyenne et augmente la capacité de l'air à retenir l'humidité.

Une « boîte noire » sanitaire encore mal comprise. Au-delà du constat sur la fréquence des épisodes extrêmes, les auteurs de l'étude s'inquiètent des effets différés de ces fortes chaleurs. David Pan, chercheur principal, souligne que « certains effets sont décalés dans le temps ». Il évoque des conséquences qui peuvent se manifester des jours, des semaines, voire des mois après un épisode de chaleur humide : montée des hospitalisations pour pathologies cardiovasculaires ou respiratoires, troubles rénaux, ou encore impacts sur la santé mentale. Les mécanismes sous-jacents restent mal connus, d'où la métaphore de « boîte noire » employée par les scientifiques pour désigner ce champ d'étude encore largement inexploré.

Un besoin d'adaptation urgent. Si les alertes sur les canicules sèches sont désormais bien intégrées, les épisodes de chaleur humide constituent un défi spécifique, car ils surviennent parfois avec peu de préavis et rendent les mesures classiques (ventilation, brumisation) moins efficaces. Les chercheurs appellent les autorités sanitaires à développer des systèmes d'alerte prenant en compte l'humidité, et à adapter les infrastructures (climatisation, espaces frais) dans les régions les plus vulnérables. Ils rappellent aussi que la réduction des émissions de gaz à effet de serre reste le seul moyen de freiner cette tendance à long terme.

Des implications mondiales. L'étude, qui s'inscrit dans un corpus croissant de travaux sur les impacts du changement climatique, confirme que la menace ne se limite pas aux seules régions tropicales. Des épisodes de chaleur humide ont déjà été observés ponctuellement en Europe, notamment lors de la canicule de 2003. Avec le réchauffement, ces phénomènes pourraient s'étendre à des latitudes plus élevées. Les auteurs estiment donc que leurs conclusions doivent servir de base à une réflexion globale sur la résilience des sociétés face à une nouvelle donne climatique.