Le gouvernement australien a officiellement annoncé, lors du Dialogue de Shangri-La à Singapour, un réajustement majeur du volet sous-marinier du pacte de sécurité Aukus. Alors que Canberra prévoyait initialement de recevoir deux sous-marins d'occasion et un neuf, les trois submersibles américains de classe Virginia qui lui seront cédés seront finalement exclusivement des bâtiments déjà en service dans la flotte de l'US Navy.
Le ministre de la Défense et vice-Premier ministre australien, Richard Marles, a justifié ce changement en le qualifiant de mesure « rentable » et de choix privilégiant la « simplicité » dans un programme jugé très complexe. « Dans le contexte d'un projet très complexe, nous devons accorder une importance primordiale à la simplicité », a-t-il déclaré devant la presse. Il a souligné que l'homogénéité des trois unités constituait un atout majeur, tant pour les équipages chargés de leur mise en œuvre que pour les personnels affectés à leur maintenance. « Je ne peux pas surestimer l'importance de cet élément », a-t-il ajouté.
Un communiqué commun pour officialiser l'accord
Cette révision a été entérinée dans une déclaration conjointe publiée samedi par Richard Marles, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth et son homologue britannique John Healey. Le texte indique que « le vice-Premier ministre et les secrétaires ont salué l'approche proposée visant à rationaliser l'acquisition par l'Australie de sous-marins de classe Virginia (VCS), en simplifiant la gestion de la chaîne d'approvisionnement et les exigences opérationnelles et de maintenance, et en optimisant les coûts ». Il précise que « cette approche permettrait à l'Australie d'acquérir trois VCS en service au lieu d'un mélange de VCS neufs et en service ».
Des contraintes industrielles américaines en toile de fond
La décision intervient dans un contexte où les chantiers navals américains peinent à atteindre leurs objectifs de production, fixés à deux nouveaux sous-marins par an, alors que la marine des États-Unis ne compte que 24 bâtiments de classe Virginia. Des voix critiques s'étaient élevées outre-Atlantique pour s'interroger sur la pertinence de céder des sous-marins à propulsion nucléaire à un allié sans avoir préalablement renforcé les forces américaines. Selon les estimations officielles, le programme de sous-marins Aukus pourrait représenter un coût total allant jusqu'à 235 milliards de dollars américains sur une période de trente ans.
Un pacte né de l'annulation du « contrat du siècle » avec la France
Ce réajustement s'inscrit dans la continuité du partenariat Aukus, scellé en 2021 entre l'Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni. Ce pacte avait provoqué une grave crise diplomatique avec la France, Canberra ayant annulé un méga-contrat de 90 milliards de dollars australiens (environ 56 milliards d'euros) portant sur la commande de douze sous-marins à propulsion classique de la classe Barracuda auprès du groupe français Naval. Ce contrat, signé en 2019, avait été surnommé le « contrat du siècle ».
Dans le cadre de l'accord Aukus, l'Australie doit recevoir au moins trois sous-marins nucléaires américains d'ici quinze ans. Le ministre Richard Marles a justifié le choix des trois unités d'occasion par une logique économique : « C'est clairement rentable. Et pour être clair, il s'agit d'un programme très coûteux, (...) nous essayons donc de trouver toutes les options les plus économiques possibles tout au long de ce parcours. »
Un programme au cœur de la stratégie de défense australienne
Le programme de sous-marins Aukus constitue un pilier central de la stratégie de défense de l'Australie. L'acquisition de ces trois bâtiments de classe Virginia, bien que revue à un format 100 % d'occasion, est présentée par les autorités comme une solution pragmatique face aux défis industriels et budgétaires. La décision a été annoncée en marge du Dialogue de Shangri-La, un forum qui réunit chaque année à Singapour des responsables de la défense et des experts d'une quarantaine de pays.