Un vote à la Haute Assemblée
Le Sénat a adopté le 16 juin en première lecture le projet de loi visant à modifier le régime du 1er-Mai pour les boulangers et les fleuristes. Ce texte, examiné dans le cadre d’une procédure accélérée, prévoit de déroger à l’interdiction de travail ce jour férié pour ces deux catégories professionnelles, sous réserve d’une compensation pour les salariés. Les sénateurs ont approuvé la mesure à une large majorité, mais le débat a ravivé les tensions entre partisans d’une plus grande flexibilité et défenseurs des acquis sociaux.
Des arguments contrastés
Les promoteurs du texte avancent que l’ouverture des boulangeries et des fleuristes le 1er-Mai répondrait à une demande des consommateurs, notamment pour la fête du Travail, qui coïncide souvent avec des commandes de fleurs et de pain frais. « Il s’agit de s’adapter aux habitudes de consommation sans remettre en cause le principe du jour férié », a souligné le rapporteur du projet de loi lors des débats. En revanche, les oppositions, tant à gauche que chez certains syndicats, dénoncent une brèche dans le code du travail. « C’est un précédent dangereux qui pourrait fragiliser l’ensemble des droits des salariés », a averti un sénateur socialiste, cité pendant les échanges.
Le parcours législatif
Le projet de loi avait déjà été déposé au printemps et renvoyé devant le Sénat pour un premier examen. Les discussions en commission ont été houleuses, plusieurs amendements ayant été déposés pour élargir ou restreindre le champ de la dérogation. Finalement, le texte adopté par la Haute Assemblée reprend l’essentiel des dispositions initiales : les boulangers et les fleuristes pourraient ouvrir le 1er-Mai, à condition de garantir le volontariat des employés et de majorer leur rémunération. Le gouvernement a salué le vote, y voyant « une avancée pragmatique ».
Les réactions des professionnels
Les représentants des boulangers se sont montrés divisés. « Nous ne demandons pas à travailler ce jour-là, mais nous subissons la pression des clients », a confié un artisan boulanger, interrogé par une chaîne d’information. La Fédération des fleuristes a, elle, exprimé son soutien au texte, espérant une hausse d’activité pour la fête du Travail. À l’inverse, des associations de défense des travailleurs ont annoncé leur intention de mobiliser leurs troupes contre le projet, qu’ils jugent « antisocial ».
Les prochaines étapes
Ce vote en première lecture au Sénat ouvre la voie à un examen à l’Assemblée nationale, où le débat promet d’être serré, le camp présidentiel ne disposant pas d’une majorité absolue. L’exécutif espère une adoption définitive d’ici la fin de l’année, afin que la mesure soit applicable dès le 1er-Mai 2027. Entre-temps, les sénateurs ont prévu de nouvelles auditions pour affiner les modalités pratiques de la dérogation.
Les implications pour le droit du travail
Ce texte, s’il était promulgué, constituerait une exception notable dans le régime des jours fériés en France. Le 1er-Mai est jusqu’alors le seul jour chômé pour lequel une dérogation individuelle est strictement encadrée, et toute autorisation d’ouverture nécessite une modification législative. Les juristes s’interrogent sur la portée de ce précédent, qui pourrait inciter d’autres secteurs à réclamer des assouplissements similaires. Le gouvernement a toutefois assuré qu’il s’agit d’une mesure « ciblée et temporaire ».