La cheffe de l'opposition vénézuélienne et prix Nobel de la paix 2025, María Corina Machado, se trouve aujourd'hui dans une position délicate vis-à-vis de son principal allié étranger. Désireuse de regagner son pays après le double séisme qui a frappé la région côtière de La Guaira en juin, elle accuse le gouvernement intérimaire dirigé par Delcy Rodríguez de faire obstruction à l'aide humanitaire. Mais son projet de retour se heurte également à une opposition discrète de la part des États-Unis, suscitant des interrogations sur l'évolution du soutien de Donald Trump à la figure de proue de l'opposition.

Une tentative de retour contrariée

Selon des sources proches du dossier, Machado avait prévu de rejoindre le Venezuela en empruntant une route indirecte. En juin, elle aurait tenté de s'envoler des États-Unis vers l'île néerlandaise de Curaçao à bord d'un jet privé, avant de poursuivre en bateau jusqu'au territoire vénézuélien. Ce plan a toutefois échoué en raison de l'opposition de l'administration américaine. Ce scénario est confirmé par des informations de presse faisant état d'une résistance de Washington, qui craindrait une déstabilisation supplémentaire dans un pays déjà éprouvé par la catastrophe naturelle et la crise politique.

Par le passé, Machado avait déjà utilisé cet itinéraire en sens inverse : en décembre 2025, elle avait secrètement quitté le Venezuela via Curaçao pour se rendre à Oslo, où elle a reçu le prix Nobel de la paix. Aujourd'hui, elle espérait rentrer sous les projecteurs pour dénoncer l'inaction des autorités vénézuéliennes face au tremblement de terre.

Des déclarations contradictoires de Trump

Dans ce contexte, Donald Trump a affirmé publiquement que son administration « n'empêche pas María Corina Machado de revenir au Venezuela ». Cette déclaration contredit les informations faisant état de pressions américaines pour bloquer son retour. Des responsables américains auraient exprimé des réserves quant à l'opportunité d'un retour de l'opposante à ce stade, estimant qu'il pourrait exacerber les tensions dans un pays où le gouvernement intérimaire de Delcy Rodríguez tente de consolider son pouvoir.

Un soutien qui s'étiole

Le désaccord entre les paroles de Trump et les actes de son administration reflète un changement notable dans la dynamique du soutien américain à l'opposition vénézuélienne. Pendant des années, Machado a bénéficié d'un appui fort de la part de Washington, notamment sous la forme de sanctions contre le régime de Nicolás Maduro et de reconnaissance de son leadership. Mais désormais, les États-Unis semblent privilégier une approche plus prudente, cherchant à éviter tout embrasement qui compromettrait les efforts de reconstruction après le séisme ou les négociations politiques en cours.

Le gouvernement vénézuélien, de son côté, a également fait savoir qu'il ne voyait pas d'un bon œil le retour de Machado. Des sources proches de l'opposante affirment que les autorités ont menacé la compagnie aérienne Copa Airlines d'une interdiction d'atterrissage si elle transportait la dirigeante. Ni la compagnie ni le gouvernement n'ont confirmé ou démenti cette information.

L'avenir incertain de Machado

Réfugiée depuis plusieurs mois aux États-Unis, Machado a enregistré depuis Panama City une vidéo dans laquelle elle accuse le gouvernement intérimaire de bloquer délibérément l'aide aux sinistrés de La Guaira. Sa voix porte d'autant plus que des victimes et certaines organisations humanitaires partagent ses critiques. Mais pour l'instant, son retour au pays semble reporté sine die, coincé entre les réticences de Caracas et celles de Washington.

Alors que des négociations pour une sortie de crise pourraient s'ouvrir dans les mois à venir, la question du rôle de Machado reste centrale. La perte de faveur dont elle semble faire l'objet de la part de l'administration Trump pourrait affaiblir sa position, tant sur la scène internationale que dans l'échiquier politique vénézuélien.