Les représentants des 32 États membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) se retrouvent à Ankara pour un sommet de deux jours à partir de mardi. L'ordre du jour officiel, tel que présenté par l'alliance, s'articule autour de trois axes principaux : accroître les investissements dans la défense, élargir la base industrielle européenne du secteur et garantir un soutien militaire à long terme à l'Ukraine. Mais ces discussions sont largement éclipsées par les fissures qui traversent la relation entre les États-Unis et leurs alliés européens, ravivées par les critiques du président américain Donald Trump.
Le chef de la Maison-Blanche a une nouvelle fois dénoncé ce qu'il considère comme un déséquilibre dans les contributions financières. « Il est ridicule que les États-Unis continuent sur cette voie unilatérale alors que la relation n'est pas réciproque », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux quelques jours avant l'ouverture du sommet. M. Trump a également reproché aux partenaires européens de ne pas avoir apporté un soutien militaire à Washington dans le cadre du conflit avec l'Iran, en particulier en refusant de participer aux opérations visant à rouvrir le détroit d'Ormuz.
Des signaux de désengagement américain
Les tensions ne se limitent pas aux déclarations. Le Pentagone a annoncé début mai le retrait d'environ 5 000 soldats américains stationnés en Allemagne, présentant cette décision comme le résultat d'un « examen approfondi du déploiement des forces du département en Europe ». Ce mouvement s'inscrit dans un contexte plus large de remise en question de l'engagement américain au sein de l'alliance, alimenté par les menaces répétées de M. Trump de quitter l'OTAN.
Pour autant, les experts estiment qu'une sortie pure et simple des États-Unis reste improbable en raison des obstacles juridiques et politiques qui l'entourent, d'autant plus que le pays se prépare à des élections de mi-mandat déterminantes. Ian Lesser, chercheur éminent au German Marshall Fund des États-Unis, juge que l'alliance n'est pas « à un point de rupture », mais qu'elle « entre dans une période d'ajustement profond ».
Les enjeux financiers et la défense européenne
Lors du sommet de l'année dernière, les alliés s'étaient engagés à consacrer l'équivalent de 5 % de leur produit intérieur brut (PIB) aux dépenses de défense. Les pays européens et le Canada ont déjà augmenté leurs investissements dans ce domaine de 139 milliards de dollars en termes nominaux en 2025. La réunion d'Ankara doit permettre de faire le point sur ces engagements et d'encourager de nouvelles hausses.
L'élargissement de la base industrielle de défense en Europe figure également parmi les priorités, afin de réduire la dépendance vis-à-vis des équipements américains et de renforcer la capacité de production en cas de conflit prolongé.
L'Ukraine au cœur des préoccupations
La guerre déclenchée par l'invasion russe de l'Ukraine en 2022 reste un moteur central des discussions. Avant le sommet, l'OTAN a réaffirmé que la meilleure façon de mettre fin au conflit et d'obtenir une paix durable était de « faire en sorte que l'Ukraine puisse participer à toute négociation en position de force ». Les alliés doivent examiner les moyens de garantir un soutien militaire durable à Kiev, alors que les combats se poursuivent et que les frappes russes s'intensifient.
Les mécanismes de l'alliance rappelés
Fondée en 1949 par les États-Unis, le Canada et dix pays européens, l'OTAN repose sur le principe de défense collective. L'article 5 du traité fondateur stipule qu'une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous. Il n'a été invoqué qu'une seule fois, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Par ailleurs, l'article 4 permet à tout État membre de soulever des préoccupations de sécurité pour consultation formelle. L'Estonie et la Pologne ont récemment utilisé cette disposition après des incursions répétées de drones et d'avions russes dans leur espace aérien.
Des tensions exacerbées par le conflit iranien
Au-delà de l'Ukraine, le conflit entre les États-Unis et l'Iran a creusé les divergences au sein de l'alliance. M. Trump a critiqué les alliés pour leur manque de solidarité militaire, ce qui a contribué à détériorer l'ambiance avant le sommet. Les experts estiment que ces tensions, bien que profondes, ne conduiront pas à un éclatement de l'OTAN, mais qu'elles accélèrent une transformation de son équilibre interne, avec une Europe appelée à assumer une part plus grande de sa propre défense.
Une alliance en mutation
L'élargissement de l'OTAN à la Finlande (en 2023) puis à la Suède a renforcé le flanc nord-est de l'alliance, portant à 32 le nombre de membres. La Finlande partage une frontière de plus de 1 300 kilomètres avec la Russie, ce qui a allongé la ligne de contact directe avec Moscou. Le sommet d'Ankara devrait également aborder les conséquences de ces adhésions sur la posture défensive de l'alliance.
Alors que les chefs d'État et de gouvernement s'installent à la table des négociations dans la capitale turque, l'enjeu principal reste de préserver l'unité d'une organisation confrontée à des défis internes et externes sans précédent depuis la fin de la guerre froide.