Les Français détiennent davantage d’or que leur banque centrale. Selon une étude publiée le 18 mai dernier par le cabinet EY pour le compte de Francéclat, comité professionnel de développement de la filière bijouterie-joaillerie, les ménages possèdent près de 4 000 tonnes d’or, soit environ le double du stock détenu par la Banque de France. Ce constat inédit résulte de la première enquête nationale consacrée au marché de l’or aux mains des particuliers.
La composition de ce trésor domestique est majoritairement constituée de bijoux. L’étude indique que 81 % de cet or se présente sous forme de bijouterie, contre une part plus faible de lingots et de pièces. Une grande partie de ces biens dort dans les placards, sans jamais être revendue. « C’est un sujet secret, on n’en parle pas », résume l’étude, soulignant la discrétion qui entoure ce patrimoine familial.
Le volume total estimé dépasse de loin les réserves officielles de la Banque de France, qui s’établissent autour de 2 000 tonnes. En comparaison, les ménages français accumuleraient donc plus du double du métal jaune que l’institution monétaire conserve dans ses coffres. Ce chiffre interroge sur le poids de l’or dans l’épargne des Français et sur son rôle refuge, notamment en période d’incertitude économique.
Le caractère discret de ces possessions est confirmé par les auteurs de l’étude. Nombre de propriétaires héritent de ces biens sans jamais les déclarer ou les vendre. L’enquête met en lumière une réticence à s’en séparer, même lorsque les cours atteignent des sommets. L’or semble ainsi remplir une fonction de garantie transmise de génération en génération, davantage que de placement liquide.
Les implications économiques de cette thésaurisation sont notables. En France, le marché de l’or de seconde main repose en grande partie sur ces stocks dormants. Toutefois, le volume écoulé chaque année reste modeste au regard du stock total, ce qui limite l’impact sur la balance commerciale ou sur les finances publiques. L’étude ne fournit pas d’estimation de la valeur monétaire de ce stock, mais au cours actuel – l’once ayant dépassé les 5 000 dollars – les 4 000 tonnes représentent une somme considérable.
Cette photographie inédite du patrimoine aurifère des Français intervient dans un contexte de flambée des cours. L’or a atteint des records historiques ces derniers mois, porté par les tensions géopolitiques et la recherche de valeurs refuges. Selon les données de l’enquête, la détention d’or par les particuliers est un phénomène ancien, mais rarement quantifié avec une telle précision.
Les experts de Francéclat espèrent que ces chiffres permettront de mieux comprendre les habitudes des consommateurs et d’adapter les services de rachat et de recyclage. L’étude souligne également que l’or détenu par les Français, bien que massif, reste largement invisible dans les statistiques économiques traditionnelles. Sa prise en compte pourrait modifier la perception de la richesse nationale.
En conclusion, les 4 000 tonnes d’or des ménages français constituent un réservoir de valeur exceptionnel, dont la discrétion et la persistance en font un objet d’étude rare. Les résultats de cette enquête posent la question de la place de l’or physique dans l’épargne des Français à l’heure où les marchés financiers se digitalisent.