Les trois principaux groupes automobiles du continent — Volkswagen, Stellantis et Renault — ont joint leurs forces pour réclamer aux autorités européennes l'adoption d'un plan « Fabriqué en Europe ». Cette initiative conjointe marque une montée en puissance inédite de la pression exercée par l'industrie sur les institutions de l'Union européenne, dans un contexte de recomposition rapide du marché mondial de l'automobile.
Les dirigeants de ces trois entreprises, qui pèsent à elles seules plusieurs millions de véhicules produits chaque année, demandent à la Commission européenne de mettre en place un cadre cohérent de soutien à la production locale. Selon les informations recueillies, les groupes redoutent une érosion de leur compétitivité face à l'arrivée massive de constructeurs chinois bénéficiant d'aides d'État massives et face aux incitations fiscales américaines contenues dans l'Inflation Reduction Act (IRA).
Une alliance rare pour une cause commune
Il est exceptionnel de voir des concurrents directs, aux stratégies parfois divergentes, faire front commun de la sorte. Les trois groupes ont adressé un message clair aux décideurs politiques : sans une politique industrielle européenne ambitieuse, le Vieux Continent risque de voir ses usines se vider et sa souveraineté technologique s'effondrer. Les constructeurs ne demandent pas de subventions directes, mais une simplification des règles, un soutien à l'innovation et des conditions de concurrence équitables avec les acteurs extra-européens.
Les propositions avancées par cette coalition porteraient notamment sur la création d'un label « Fabriqué en Europe » garantissant l'origine des composants, l'harmonisation des normes environnementales et des aides à la modernisation des sites de production. Le secteur automobile représente environ 7 % du PIB de l'Union européenne et emploie plus de 12 millions de personnes, rappellent les industriels.
Un contexte de tensions commerciales
Cette offensive intervient alors que l'Union européenne a annoncé l'ouverture d'une enquête antisubventions sur les voitures électriques chinoises, une démarche qui pourrait aboutir à l'instauration de droits de douane supplémentaires. Parallèlement, les constructeurs européens doivent composer avec les exigences de la future norme Euro 7 et avec l'objectif de l'UE d'interdire la vente de véhicules thermiques neufs d'ici à 2035.
Les directions de Volkswagen, Stellantis et Renault estiment que les objectifs climatiques de Bruxelles sont louables, mais qu'ils doivent s'accompagner de mesures concrètes pour préserver l'appareil productif européen. En l'absence d'un tel plan, le risque serait, selon eux, de voir les usines européennes se transformer en simples sites d'assemblage pour des marques étrangères, tandis que la valeur ajoutée et la recherche resteraient en dehors du continent.
Des attentes précises adressées à Bruxelles
Plusieurs pistes concrètes sont évoquées par les trois groupes. D'abord, la mise en place de critères stricts pour l'obtention du label « Fabriqué en Europe », qui pourrait conditionner l'accès à des marchés publics ou à des avantages fiscaux. Ensuite, la création d'un fonds européen dédié à la transition industrielle, capable de financer la conversion des usines et la formation des travailleurs. Enfin, la simplification du cadre réglementaire, jugé trop complexe et fragmenté entre les États membres.
Les constructeurs souhaitent également que Bruxelles négocie des accords commerciaux réciproques avec les grands pays producteurs, afin que les normes sociales et environnementales imposées en Europe ne soient pas contournées par des importations à bas coût. La question des batteries électriques est particulièrement sensible : l'Europe produit aujourd'hui une faible part des cellules nécessaires à ses véhicules électriques, ce qui constitue une dépendance stratégique jugée dangereuse.
Une réponse politique attendue
La Commission européenne, qui doit présenter dans les prochains mois une révision de sa politique industrielle, est désormais sous pression. Les trois groupes espèrent que leur appel sera entendu au plus haut niveau. Plusieurs commissaires européens ont déjà laissé entendre qu'ils étaient favorables à un renforcement du soutien à l'industrie, mais les divisions entre États membres sur les questions commerciales et budgétaires compliquent la tâche.
En attendant, les constructeurs européens poursuivent leurs investissements dans l'électrification, tout en cherchant à réduire leurs coûts. L'alliance entre Volkswagen, Stellantis et Renault sur ce dossier pourrait donner naissance à d'autres collaborations techniques ou logistiques à l'avenir. Pour l'heure, l'objectif est clair : faire de l'Europe un pôle de production compétitif et non plus seulement un marché de consommation.
Cette démarche inédite pourrait modifier en profondeur les rapports de force entre l'industrie automobile et les pouvoirs publics européens, dans un secteur qui traverse l'une des mutations les plus radicales de son histoire.