La publication très attendue des données mensuelles sur l'emploi américain s'annonce comme un test décisif pour les opérateurs de marchés obligataires qui parient de plus en plus sur un nouveau tour de vis monétaire de la Réserve fédérale (Fed).
Ces dernières semaines, un nombre croissant de transactions sur le marché des obligations d'État américaines reflète l'anticipation que la banque centrale pourrait être contrainte de relever ses taux d'intérêt, une hypothèse qui semblait encore écartée il y a peu. Cette tendance s'est accentuée alors que plusieurs indicateurs économiques ont fait preuve de vigueur, ravivant les craintes d'une inflation persistante.
Un marché en attente du rapport sur l'emploi
Le cœur de l'enjeu réside dans les chiffres qui doivent être dévoilés sous peu par le département du Travail. Les investisseurs examineront avec une attention particulière le nombre de créations de postes, le taux de chômage et, surtout, l'évolution des salaires horaires moyens. Une progression plus forte que prévu de ces trois composantes renforcerait la thèse d'un marché du travail toujours trop tendu pour permettre à la Fed de baisser la garde.
Les opérateurs estiment qu'un rapport sur l'emploi particulièrement solide fournirait à la Fed le prétexte – ou l'obligation – de procéder à un nouveau relèvement de ses taux, après une série de hausses qui avait été suivie d'une période de statu quo. Les paris sur une hausse se sont matérialisés par des positions sur les contrats à terme liés aux taux d'intérêt, où la probabilité implicite d'un tour de vis a significativement augmenté.
Des décideurs divisés
Au sein même de la Fed, le discours n'est pas unanime. Plusieurs responsables ont récemment souligné la nécessité de maintenir une politique restrictive aussi longtemps que nécessaire pour juguler l'inflation, tandis que d'autres plaident pour une approche plus patiente, arguant que les effets des hausses passées ne se sont pas encore pleinement matérialisés. Le rapport sur l'emploi pourrait faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre.
Scénarios pour les marchés
Si les créations d'emplois dépassent nettement les attentes du consensus, les rendements des obligations du Trésor à long terme pourraient bondir, les opérateurs intégrant une trajectoire de taux plus élevée. À l'inverse, un chiffre décevant, notamment couplé à une modération des salaires, pourrait offrir un répit aux actifs risqués et renforcer l'idée que la Fed a achevé son resserrement.
Conséquences internationales
L'issue de cette publication ne concerne pas seulement les États-Unis. Un nouveau relèvement des taux américains aurait des répercussions mondiales, renforçant le dollar et attirant les capitaux vers les actifs libellés en dollars, au détriment des monnaies et des marchés des pays émergents. La Banque centrale européenne et la Banque du Japon, qui font face à leurs propres défis inflationnistes, surveillent également de près le signal que pourrait envoyer Washington.
Dans ce climat d'incertitude, la prudence domine sur les marchés obligataires. Les investisseurs attendent le verdict des chiffres de l'emploi pour ajuster leurs portefeuilles, conscients que la publication pourrait redessiner les perspectives de politique monétaire pour les mois à venir.