L'organisme fédéral chargé de la sûreté nucléaire aux États-Unis a dévoilé, mercredi 1ᵉʳ juillet, un projet de réforme ambitieux visant à moderniser les règles de radioprotection qui encadrent l'exploitation des centrales. Cette initiative, qui répond à une demande de l'administration Trump d'assouplir le cadre réglementaire pour développer la filière, prévoit d'abroger un principe vieux de plusieurs décennies selon lequel l'exposition aux rayonnements devait être maintenue « aussi bas que raisonnablement possible », principe connu sous l'acronyme ALARA (as low as reasonably achievable).

La Nuclear Regulatory Commission (NRC) entend toutefois conserver les limites annuelles maximales d'exposition pour les travailleurs et le public. Selon l'agence, ces plafonds – déjà fixés « bien en dessous des seuils associés à des effets sanitaires avérés » – constituent une protection suffisante. Le maintien de l'obligation ALARA aurait en revanche conduit, dans certains cas, à imposer aux exploitants des équipements supplémentaires pour réduire les doses à des niveaux très inférieurs aux limites légales, pour un coût jugé disproportionné et « sans bénéfice mesurable pour la sécurité », a fait valoir l'autorité de régulation.

Un vaste train de mesures pour simplifier l'implantation et les autorisations

Outre l'abandon du principe ALARA, la NRC a présenté un ensemble de modifications destinées à faciliter le choix des sites d'implantation ainsi que la procédure d'autorisation pour les nouveaux réacteurs. L'objectif affiché est de réduire les lourdeurs administratives qui freinent, selon les promoteurs du nucléaire, le déploiement de nouvelles capacités de production.

« Les règlements de la NRC n'ont pas suivi le rythme des nouvelles technologies ni de nos besoins énergétiques », a déclaré Ho Nieh, président de la commission. Il a estimé que les propositions permettraient de « supprimer les cadres rigides et le conservatisme inutile pour accélérer le déploiement sûr de nouveaux réacteurs et étendre la capacité existante à travers l'Amérique ».

Des règles jugées trop coûteuses face à un impératif de déploiement

La réforme intervient alors que l'administration américaine plaide pour un essor rapide de l'énergie nucléaire, présentée comme une source d'électricité décarbonée et pilotable. Le président Trump a exhorté la NRC, qui agit pourtant en tant que régulateur indépendant, à assouplir ses règles afin de permettre une multiplication des projets de réacteurs, y compris de petits réacteurs modulaires (SMR) et des technologies avancées.

L'agence a justifié sa décision en soulignant que la réglementation actuelle engendrait des dépenses supplémentaires sans apporter d'amélioration significative en matière de radioprotection. En supprimant l'exigence ALARA, la NRC entend recentrer les efforts sur le respect des seuils maximaux, dont elle réaffirme le caractère protecteur.

Quelles conséquences pour la sûreté ?

Les critiques de cette évolution redoutent un affaiblissement des standards de sécurité. Le principe ALARA, en vigueur depuis les années 1970, est considéré par de nombreux experts comme un garde-fou essentiel pour garantir une vigilance constante vis-à-vis des risques liés aux radiations. La NRC a toutefois pris soin de préciser que les limites de dose annuelles – qui constituent la référence sanitaire reconnue – demeurent inchangées. Les exploitants restent également soumis à d'autres obligations réglementaires en matière de sécurité.

Pour les partisans de la réforme, l'abandon d'une doctrine jugée obsolète devrait réduire significativement les coûts de construction et d'exploitation, rendant le nucléaire plus compétitif face aux énergies fossiles et renouvelables. Plusieurs projets de nouvelles centrales, notamment dans le sud des États-Unis, avaient subi des dépassements budgétaires massifs attribués en partie à la complexité des exigences réglementaires.

Une procédure ouverte aux commentaires

Le projet de la NRC est désormais soumis à une période de consultation publique avant une éventuelle adoption définitive. La commission n'a pas précisé le calendrier exact de cette procédure, mais les observateurs s'attendent à un examen approfondi de la part des associations de protection de l'environnement et des syndicats de l'industrie nucléaire.

Si elle aboutit, cette réforme marquerait un tournant dans la politique de sûreté nucléaire américaine, en mettant fin à un demi-siècle de pratique fondée sur le principe de réduction systématique des expositions. Le débat promet d'être vif entre ceux qui y voient une modernisation nécessaire et ceux qui dénoncent un recul des exigences de radioprotection.