La 80e édition du Festival d'Avignon s'est ouverte avec une claque artistique. « Maldoror », mis en scène par Julien Gosselin, a pris possession de la Cour d'honneur du Palais des papes pour une représentation marathon de près de six heures. Le public a découvert une œuvre immersive qui interroge la fascination humaine pour le mal à travers un montage audacieux des textes du poète Lautréamont et de l'écrivain chilien Roberto Bolaño.

Un spectacle total

Julien Gosselin, figure reconnue du théâtre contemporain, n'en est pas à son premier défi. Mais avec « Maldoror », il pousse l'exigence jusqu'à faire cohabiter sur scène une troupe de comédiens, des projections vidéo et une bande-son électro. Le résultat, selon les premiers retours, est « bluffant ». Le spectacle plonge le spectateur dans un vertige sensoriel où les Chants de Maldoror de Lautréamont rencontrent les récits de Bolaño, notamment son roman « 2666 », explorant les mécanismes de la violence et de la cruauté.

Une exploration du mal sans concession

La pièce ne cherche pas à édulcorer son propos. Au contraire, elle assume une noirceur radicale, fidèle à l'esprit des deux auteurs. Le personnage de Maldoror, figure satanique et rebelle, devient le fil conducteur d'une déambulation dans les bas-fonds de l'âme humaine. Les critiques saluent une mise en scène « brillante » qui parvient à maintenir une tension dramatique constante malgré la durée inhabituelle. Les comédiens, physiquement éprouvés, livrent une performance remarquée, multipliant les passages entre chant, danse et texte parlé.

Un dispositif scénique impressionnant

La Cour d'honneur, lieu emblématique du festival, a été transformée en un espace multiple. Des écrans géants retransmettent en direct les visages des acteurs, tandis que des structures mobiles permettent des changements de décor rapides. La lumière, signée par le collaborateur régulier de Gosselin, joue un rôle clé dans la création d'une atmosphère oppressante. Le son, parfois assourdissant, immerge le public dans une cacophonie organisée.

Les premières réactions

À l'issue de la représentation, les spectateurs ont réservé une ovation debout aux artistes. Les critiques présents soulignent l'audace du pari et la maîtrise technique. « Maldoror » s'impose d'ores et déjà comme un moment fort de la saison culturelle, confirmant la réputation de Julien Gosselin comme l'un des metteurs en scène les plus inventifs de sa génération. Le spectacle sera présenté pendant plusieurs soirs dans la Cour d'honneur, avant de partir en tournée.

Un festival sous le signe de la démesure

Avec cette ouverture, le Festival d'Avignon 2026 donne le ton : celui de la démesure et de l'engagement artistique. Les organisateurs espèrent que cette édition, placée sous le thème de la confrontation avec le mal, attirera un large public. En attendant, « Maldoror » laisse une empreinte durable sur les mémoires.