La Commission européenne a rendu publiques, le 11 juillet 2026, ses conclusions préliminaires à l'issue d'une enquête de deux ans. Elle y accuse Meta d'enfreindre le règlement sur les services numériques (DSA) en concevant Facebook et Instagram selon des principes d'interface dits « addictifs », qui porteraient atteinte à la santé mentale et physique des utilisateurs.

Les griefs de Bruxelles ciblent trois mécanismes précis : le défilement infini (infinite scroll), la lecture automatique des vidéos et les algorithmes de recommandation personnalisée. Selon les autorités européennes, ces fonctionnalités « alimentent le besoin des utilisateurs de continuer à faire défiler les contenus et basculent leur cerveau en mode pilotage automatique », une pratique qui violerait l'obligation de conception responsable imposée par le DSA.

Jusqu'à 12 milliards de dollars d'amende

Meta encourt une sanction financière pouvant atteindre 6 % de son chiffre d'affaires mondial, soit jusqu'à 12 milliards de dollars. L'entreprise du groupe dirigé par Mark Zuckerberg serait également contrainte de procéder à une refonte en profondeur de ses interfaces, une perspective qui pourrait bouleverser le modèle économique des deux réseaux sociaux, largement fondé sur la captation de l'attention.

La procédure engagée par la Commission européenne s'inscrit dans le cadre plus large du DSA, entré en vigueur en 2024, qui impose aux très grandes plateformes en ligne des obligations renforcées en matière de transparence algorithmique, de protection des mineurs et de lutte contre les contenus illicites. Meta est déjà visé par plusieurs autres enquêtes au titre de ce même règlement, notamment concernant la protection des données des enfants.

Un précédent majeur pour la régulation du numérique

Cette accusation formelle de « mise en danger de la santé » des utilisateurs constitue une première dans l'application du DSA. Elle pourrait faire jurisprudence pour d'autres plateformes utilisant des mécanismes similaires de rétention de l'attention. Les associations de défense des droits numériques saluent une décision qu'elles jugent historique, tandis que Meta dispose désormais d'un délai pour répondre aux griefs avant que la Commission n'adopte une décision finale.

L'entreprise américaine n'a pas encore communiqué officiellement sur ces conclusions préliminaires. Elle pourrait choisir de négocier des engagements correctifs plutôt que de subir une amende et une injonction de modification de ses produits. La décision finale de la Commission européenne est attendue dans les prochains mois.