Un bras de fer statistique oppose désormais deux institutions. L'Observatoire des prix et des marges (OPM) a pris position contre le rapport d'une commission sénatoriale, publié ces dernières semaines, qui pointait du doigt des « pratiques abusives » des grandes enseignes de distribution dans la formation des prix alimentaires.
Selon les travaux de l'OPM, les données avancées par les sénateurs ne seraient pas fondées. « Ces chiffres ne sont pas exacts », a fait savoir l'instance, en contestant la méthodologie employée par la chambre haute. L'Observatoire, qui collecte et analyse les données sur l'évolution des prix à la production et à la consommation, estime que le portrait dressé par les parlementaires ne correspond pas à la réalité des marges pratiquées.
Un désaccord sur l'ampleur des marges
Le rapport sénatorial, qui avait suscité un vif débat dans le secteur agroalimentaire, affirmait que les distributeurs captaient une part excessive de la valeur ajoutée, au détriment des producteurs et des consommateurs. Il préconisait un renforcement des contrôles et un encadrement plus strict des négociations commerciales. Le texte dénonçait notamment des « pratiques abusives » qui auraient conduit à une hausse artificielle des prix en rayon.
L'OPM contredit cette analyse en s'appuyant sur ses propres séries statistiques. L'organisme souligne que les marges de la grande distribution sont restées globalement stables sur la période étudiée et n'expliquent pas, à elles seules, la flambée des prix observée ces derniers mois. L'inflation des matières premières agricoles et l'augmentation des coûts de l'énergie seraient, selon lui, les principaux facteurs.
Un enjeu politique et économique
Cette contradiction intervient alors que le gouvernement planche sur de nouvelles mesures pour améliorer la rémunération des agriculteurs, dans le prolongement des lois Egalim. Le chef de l'État a récemment promis un renforcement de la transparence dans la chaîne alimentaire. Le désaccord entre l'OPM et le Sénat complique l'élaboration d'une position commune.
Les sénateurs, de leur côté, maintiennent leurs conclusions. Ils estiment que l'Observatoire ne prend pas suffisamment en compte certaines pratiques commerciales, comme les remises arrière ou les services de coopération commerciale, qui grèvent les revenus des producteurs. La commission sénatoriale pourrait demander un nouvel audit pour trancher le différend.
Conséquences pour les consommateurs
Pour les ménages, l'enjeu est concret : les prix alimentaires ont augmenté de plus de 20 % en deux ans. Si l'OPM a raison, les solutions pour faire baisser les prix en caisse devront passer par une amélioration de la productivité agricole et une réduction des coûts intermédiaires plutôt que par un encadrement accru des distributeurs. En revanche, si le Sénat voit juste, des mesures correctrices pourraient rapidement être mises en œuvre.
Les organisations de consommateurs et les syndicats agricoles suivent ce dossier de près. Plusieurs d'entre eux ont déjà pris position, certains appuyant les conclusions sénatoriales, d'autres saluant la rigueur de l'OPM. La ministre déléguée chargée du Commerce et de l'Artisanat devrait s'exprimer dans les prochains jours pour clarifier la position de l'exécutif.