L'annonce de la candidature de Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2027 a provoqué un effet de sidération dans les milieux d'affaires français. Selon un conseiller proche de ces cercles, de nombreux dirigeants de grandes entreprises se disent abasourdis par le choix de la chef de file du Rassemblement national, alors qu'ils anticipaient une candidature de Jordan Bardella, actuel président du parti.
Beaucoup s'étaient en effet convaincus que Marine Le Pen serait empêchée de se présenter après sa condamnation pour détournement de fonds dans l'affaire des assistants parlementaires européens. Ils tablaient sur un retrait en faveur de Jordan Bardella, perçu comme plus ouvert sur les questions économiques. L'option prise par Marine Le Pen, ainsi que les sondages publiés dans la foulée la donnant gagnante dès le second tour, ont stupéfié ces observateurs.
Dans le monde patronal, la perception est que le programme économique du Rassemblement national reste fondamentalement le même, quelle que soit la personnalité qui le porte. Plusieurs grands patrons jugent cette orientation désastreuse pour l'économie française, sans distinction entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. Les espoirs d'un infléchissement libéral, que certains avaient cru déceler chez le jeune président du parti, sont définitivement enterrés.
Au-delà de la surprise, c'est une forme d'indifférence qui domine chez les chefs d'entreprise interrogés. Beaucoup estiment que les propositions économiques du RN – protectionnisme, remise en cause des règles budgétaires européennes, baisse des cotisations sociales – n'ont pas varié et restent inacceptables pour les milieux d'affaires. La candidature de Marine Le Pen ne change rien à ce diagnostic, malgré les tentatives du parti de rassurer les marchés.
Cette réaction contraste avec l'unité affichée par le duo Le Pen-Bardella lors de leurs récentes apparitions publiques. Depuis le verdict de la cour d'appel, les deux figures du Rassemblement national multiplient les meetings communs, notamment en Sarthe, pour montrer leur cohésion. Mais cette stratégie de « ticket gagnant » semble loin de convaincre les milieux économiques, qui restent profondément sceptiques sur la capacité du parti à gérer l'économie française.
Les prochains mois s'annoncent tendus entre le RN et le monde des affaires, à mesure que la campagne présidentielle s'intensifie. Les grands patrons, désormais certains de devoir faire face à une candidature Le Pen, devront choisir entre un soutien discret à d'autres camps ou une opposition frontale. Mais pour l'heure, c'est surtout l'incompréhension qui domine face à un scénario que beaucoup jugeaient improbable il y a encore quelques semaines.