Le procès de six jeunes adultes, accusés d’avoir tendu des guets-apens homophobes à deux hommes, s’est ouvert ce lundi 1er juin devant la cour d’assises du Vaucluse, à Avignon. Le banc des accusés compte quatre hommes et deux femmes âgés de 21 à 24 ans. Ils répondent du meurtre de Mickaël, survenu dans la nuit du 5 au 6 mars 2023 à Sorgues, ainsi que de la séquestration et du vol avec violence d’un autre homme à Avignon. Les faits auraient été orchestrés via l’application de rencontres Coco (devenue Cocoland), souvent utilisée pour des rendez-vous anonymes.

Selon les éléments du dossier judiciaire, les deux victimes ont été ciblées parce qu’elles étaient homosexuelles. Les agresseurs auraient proféré des insultes comme « sale pédé » avant de dépouiller et, dans le cas de Mickaël, de tuer l’homme de 22 ans. Ce dernier, employé de la restauration, a été retrouvé mort à son domicile, la tête recouverte d’un coussin, ses effets personnels – dont un ordinateur et une console de jeux – ayant été dérobés.

Des victimes ciblées, une circonstance aggravante écartée

Pascale Canepa, mère de Mickaël, ne cache pas sa colère. « Je sais une chose : si Mickaël n’avait pas été homosexuel, il serait encore en vie aujourd’hui », a-t-elle déclaré. Pourtant, la justice n’a pas retenu le mobile homophobe comme circonstance aggravante. La décision d’écarter ce motif, bien que le dossier contienne de nombreux éléments attestant de la haine anti-LGBT, suscite l’incompréhension des proches et de certaines associations. L’enquête avait pourtant mis en lumière que les accusés utilisaient les applications de rencontres pour repérer des hommes homosexuels avant de les piéger.

L’audience, prévue jusqu’au 8 juin, se déroule sous haute tension. Les accusés encourent de lourdes peines pour les faits qui leur sont reprochés : assassinat, séquestration et vols aggravés. L’absence de reconnaissance de l’homophobie comme mobile exclut toutefois la majoration de peine prévue par la loi française pour les crimes motivés par l’orientation sexuelle.

Un mode opératoire glaçant

Les investigations ont révélé que les suspectes et suspects utilisaient la messagerie de l’application Coco – récemment rebaptisée Cocoland – pour fixer des rendez-vous avec leurs cibles. Une fois les victimes attirées dans des lieux isolés, elles étaient agressées, dépouillées et, dans le cas de Mickaël, tuées. Le second homme, dont l’identité n’a pas été divulguée, a réussi à survivre après avoir été séquestré et volé.

Cette affaire rappelle d’autres cas de guets-apens homophobes recensés en France, souvent orchestrés via des sites de rencontres. Les associations de défense des droits LGBT dénoncent régulièrement l’insuffisance de la prise en compte de l’homophobie dans les décisions judiciaires.

Un procès sous le signe de l’émotion

La famille de Mickaël, présente à l’ouverture des débats, espère que la vérité sera faite. « Nous voulons que justice soit rendue pour Mickaël, et que l’on reconnaisse qu’il est mort à cause de son homosexualité », a ajouté Pascale Canepa. La cour d’assises devra statuer sur la culpabilité des six accusés, tandis que la question de l’homophobie comme mobile du crime reste au cœur des préoccupations des parties civiles.

Ce procès, qui attire l’attention des médias et des militants, pourrait relancer le débat sur la manière dont la justice française appréhende les crimes de haine anti-LGBT. Les associations appellent à une meilleure formation des magistrats et à une application plus systématique des circonstances aggravantes prévues par la loi.

Les débats doivent se poursuivre tout au long de la semaine, avec des réquisitions et des plaidoiries attendues avant le verdict.