Microsoft a annoncé jeudi une augmentation d'environ 25 % de ses émissions de gaz à effet de serre au cours de l'exercice fiscal 2025, une progression qui fragilise son engagement à devenir « carbone-négatif » d'ici 2030. Le rapport de développement durable de l'entreprise, publié le 9 juillet, fait état de 20 millions de tonnes équivalent CO₂ rejetées dans l'atmosphère, contre 16 millions de tonnes l'année précédente.
L'essor des centres de données, principal moteur de la hausse
Selon le document, cette détérioration environnementale est tirée « principalement par l'expansion de notre infrastructure de centres de données », écrivent Brad Smith, vice-président et président de Microsoft, et Melanie Nakagawa, directrice du développement durable, dans un billet de blog accompagnant le rapport. Les émissions dites de scope 2, qui concernent l'électricité achetée par l'entreprise pour alimenter ses opérations, représentent à elles seules 13 % du total des émissions de la firme.
Microsoft assure pourtant avoir compensé 100 % de sa consommation électrique par des sources sans carbone. Mais la construction effrénée de centres de données gourmands en énergie – indispensables au déploiement de l'intelligence artificielle – a neutralisé ces efforts.
Des partenariats controversés avec des énergies fossiles
Le rapport couvre l'exercice clos en juin 2025. Or, depuis cette date, Microsoft a noué plusieurs accords risquant d'aggraver encore son bilan. En juin, l'entreprise a officialisé un partenariat avec Chevron pour alimenter un futur centre de données dans l'ouest du Texas. Une centrale électrique au gaz naturel dédiée à ce site pourrait émettre plus de 11,5 millions de tonnes de CO₂ équivalent par an, soit davantage que l'ensemble de l'État de Rhode Island.
Par ailleurs, Microsoft a loué des bâtiments sur le campus Stargate à Abilene, au Texas, où une centrale installée sur place pourrait libérer plus de 7,8 millions de tonnes de CO₂ équivalent chaque année. L'entreprise a également signé une lettre d'intention non contraignante pour des capacités de calcul dans un centre de données en Virginie-Occidentale, lequel serait alimenté par du gaz hors réseau, avec des émissions potentielles dépassant 11 millions de tonnes de gaz à effet de serre.
Une stratégie de compensation révisée
Un autre facteur expliquant cette hausse est le changement de politique de Microsoft concernant les crédits carbone. La société a cessé d'acheter des certificats d'énergie renouvelable non liés à des projets concrets (les « unbundled RECs »). Ces instruments, souvent critiqués comme une forme d'écoblanchiment car ils n'ajoutent pas nécessairement d'électricité propre au réseau, ne sont plus utilisés par l'entreprise. Cette décision a mécaniquement fait grimper les émissions déclarées dans son bilan.
« La stratégie de Microsoft consiste à explorer diverses options pour atténuer les émissions liées à sa consommation d'électricité, conformément à ses ambitions en matière de développement durable », a déclaré Melanie Nakagawa.
Un défi commun à tout le secteur technologique
Microsoft n'est pas le seul géant de la tech à voir ses émissions s'envoler. Google a annoncé une augmentation de 18 % de ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2024, la plus forte hausse annuelle jamais enregistrée. Amazon a de son côté révélé une progression de 16 % de ses émissions de CO₂. Ces trois rapports, publiés à quelques jours d'intervalle, illustrent la pression exercée par la course à l'intelligence artificielle sur les objectifs climatiques des grandes entreprises technologiques.
« Alors que l'infrastructure de l'IA entraîne une demande croissante en énergie, en eau, en terres et en matériaux, les solutions de durabilité ne se déploient pas assez rapidement pour répondre à cette demande », reconnaissent Brad Smith et Melanie Nakagawa. « Cette tension est réelle, et elle est aussi productive. »
Un objectif 2030 mis à l'épreuve
Microsoft s'était engagé en 2020 à éliminer plus de carbone de l'atmosphère qu'il n'en émet d'ici 2030. Cet objectif, ambitieux, reposait sur une combinaison d'efficacité énergétique accrue, d'investissements massifs dans les énergies renouvelables et de technologies de capture du carbone. Mais la réalité des investissements récents – notamment les accords gaziers – semble contredire cette trajectoire. L'entreprise a même envisagé d'abandonner son objectif de couverture horaire de ses centres de données par de l'électricité propre.
En avril, elle avait également réduit ses engagements sur le marché des crédits carbone, suscitant l'inquiétude des acteurs de la filière. Ces décisions traduisent un dilemme profond entre ambitions commerciales et promesses climatiques, que les dirigeants de Microsoft présentent comme une « tension productive », mais que les observateurs jugent préoccupante pour l'atteinte des objectifs de neutralité carbone du secteur.