Une réforme fiscale immobilière en débat

Andy Burnham, dont l’investiture comme Premier ministre doit intervenir dans les prochains jours, a relancé le débat sur la fiscalité immobilière en suggérant une refonte profonde du système actuel. Lors du lancement de sa campagne pour revenir au Parlement en mai, l’ancien maire du Grand Manchester avait indiqué son souhait de modifier la manière dont les biens fonciers et immobiliers sont taxés. Aujourd'hui, ses déclarations sont examinées de près par les économistes et les professionnels du secteur, qui tentent de mesurer la portée de ses ambitions.

Des pistes précises, mais pas encore de décision

Connu pour son opposition de longue date au droit de timbre – une taxe payée par les acheteurs d’un bien résidentiel ou d'un terrain dont la valeur excède 125 000 livres (ou 300 000 livres pour les primo-accédants, en Angleterre et en Irlande du Nord) –, Andy Burnham a défendu dans le passé deux solutions alternatives. La première est un impôt annuel sur la valeur du terrain (land value tax, ou LVT), basé exclusivement sur la valeur locative du sol, sans prendre en compte les constructions ou les améliorations apportées au bâti. La seconde, qu'il aurait également soutenue, est un impôt proportionnel à la valeur du bien, prélevé chaque année selon un pourcentage de cette valeur.

Interrogé sur ses intentions précises, le futur chef du gouvernement n'a pas confirmé qu'il mettrait en œuvre ces changements. Il a toutefois rappelé qu'il respecterait les engagements du manifeste travailliste de 2024, qui excluent toute hausse de l'impôt sur le revenu, de la TVA et des cotisations sociales, tout en suggérant qu'un « certain mouvement » était possible sur d'autres impôts, notamment la taxe professionnelle sur les entrepôts, qui pourrait être augmentée pour financer des baisses d'impôts pour les pubs et certains commerces de centre-ville.

Un impôt « économiquement dommageable » selon les experts

L'institut d'études fiscales (Institute for Fiscal Studies, IFS), un groupe de réflexion indépendant, décrit les droits de timbre comme « l'un des impôts les plus dommageables sur le plan économique ». Stuart Adam, chercheur à l'IFS, souligne que « quasiment n'importe quel impôt foncier ou local serait meilleur que le droit de timbre ». Selon lui, cet impôt « décourage les gens d'acheter et de vendre », créant un frein aux transactions et donc à la fluidité du marché du logement. Il estime qu'une taxe sur le terrain est un moyen efficace de lever des recettes, car le foncier est une ressource en offre fixe, visible et identifiable, et ne peut pas quitter le pays. « Cela entraînerait moins de pression sur le marché du logement, moins de besoin de construire davantage », ajoute-t-il.

Les obstacles pratiques et politiques soulignés par les professionnels

Mais la mise en œuvre concrète d'un tel changement suscite des réserves. Lucian Cook, directeur de la recherche résidentielle chez le cabinet d'estimation immobilier Savills, relève que la transition vers un système alternatif se heurte à des difficultés pratiques et politiques considérables. « Andy Burnham a-t-il reçu le mandat électoral pour le faire ? », interroge-t-il. « C'est un changement tellement important du système fiscal, avec des gagnants et des perdants clairement identifiés ; il sera difficile à réaliser dans le reste de cette législature. » M. Cook estime que le droit de timbre, malgré ses défauts, présente l'avantage d'être un impôt simple à prélever.

Une idée ancienne, portée depuis 2010

Andy Burnham n'a pas découvert la question récemment. Dès sa première candidature à la direction du Parti travailliste en 2010, il écrivait dans un grand quotidien que « l'impôt sur la valeur du terrain, une taxe annuelle sur la valeur locative marchande du sol, permettrait l'abolition du droit de timbre – une taxe sur les aspirations des jeunes à s'enraciner et à réussir dans la vie ». Depuis, il n'a cessé d'appeler à une réforme de la fiscalité immobilière. Reste à savoir si, une fois au pouvoir, confronté aux réalités politiques et pratiques, il ira au bout de cette proposition.

Un précédent conservateur

L'idée de supprimer le droit de timbre n'est pas propre au travailliste Andy Burnham. L'ancienne dirigeante conservatrice Kemi Badenoch avait elle-même déclaré l'année dernière qu'un gouvernement conservateur abolirait cette taxe sur les résidences principales. Mais aucun parti n'a pour l'instant transformé cette promesse en projet de loi.

Des implications pour l'ensemble du Royaume-Uni

Bien que le droit de timbre soit une compétence transférée dans certaines régions, le débat lancé par Andy Burnham pourrait avoir des répercussions sur les relations de financement entre Londres et les nations dévolues. Les dirigeants écossais, gallois et nord-irlandais avaient déjà exprimé, ces derniers jours, des doutes sur la portée des promesses de dévolution faites par le futur Premier ministre. La question fiscale pourrait s'ajouter aux sujets de friction entre le gouvernement central et les administrations régionales.

En attendant, les marchés et les ménages surveillent de près les premières décisions que prendra Andy Burnham après son entrée en fonction, prévue plus tard dans le mois.