Le coup d'envoi de la Coupe du monde 2026 a été donné jeudi à l'Estadio Azteca de Mexico, dans une atmosphère contrastée. Si les gradins du stade, l'un des plus emblématiques du football mondial, étaient garnis de milliers de supporteurs vêtus des couleurs nationales, la composition du public a immédiatement soulevé des questions. « Le vrai Mexique ? Non », a lancé Marcelo Gonzales, un spectateur de 26 ans, en observant la foule. Pour lui, la majorité des personnes présentes appartient à la haute société mexicaine, parmi lesquelles il dit avoir reconnu une dizaine de personnalités politiques.

Ce Mondial, co-organisé par le Mexique, le Canada et les États-Unis, est présenté comme le plus onéreux de l'histoire de la compétition. La Fédération internationale de football association (FIFA) justifie ces tarifs en expliquant qu'ils sont nécessaires pour financer ses engagements envers le football mondial. Cette politique tarifaire a provoqué des réactions hostiles bien au-delà des simples plaintes : des actions en justice ont été engagées aux États-Unis. Gonzales, qui a pu acheter ses billets trois jours avant le match auprès d'un ami pour 3 500 dollars chacun, considère avoir obtenu une « affaire relative ».

Un contexte social tendu

L'ouverture du tournoi intervient alors que le Mexique connaît des semaines de mobilisations sociales. Des syndicats, notamment ceux d'enseignants, manifestent régulièrement dans les rues de la capitale. Leurs revendications portent sur les salaires et les retraites, dans un pays où le contraste entre le faste de l'événement sportif et la réalité économique d'une partie de la population est criant. Le gouvernement mexicain est sous pression pour répondre à ces demandes, alors que des forces de l'ordre ont été déployées pour disperser des rassemblements ces derniers jours, jusqu'à faire usage de gaz lacrymogène lors d'une manifestation à une dizaine de jours du début du Mondial.

Les billets, symbole des inégalités

L'accès aux matches est devenu un marqueur social fort. De nombreux supporteurs mexicains, exclus des gradins par le prix des places, suivent l'événement depuis l'extérieur, notamment via les écrans géants installés dans les fan-zones. Le sentiment d'assister à un spectacle réservé à une élite, comme le souligne Gonzales, alimente le mécontentement. Les syndicats d'enseignants, qui maintiennent la pression sur les autorités, pourraient voir leur mouvement renforcé par cette perception d'un Mondial déconnecté des réalités populaires.

Un dispositif sécuritaire renforcé

Les autorités mexicaines ont déployé un important dispositif de sécurité pour encadrer le tournoi, qui prévoit de nombreux matches dans plusieurs villes du pays. La cohabitation entre les festivités sportives et les tensions sociales demeure un défi de taille pour le gouvernement, qui tente d'éviter que les protestations ne perturbent le déroulement de la compétition. La Coupe du monde, qui réunit pour la première fois 48 équipes, devrait se dérouler jusqu'au mois de juillet sur l'ensemble du continent nord-américain.