Un bras de fer qui s'intensifie
À quelques jours du début du Mondial 2026, le conflit social entre le gouvernement mexicain et les enseignants en grève connaît un nouveau pic de tension. Depuis le début juin, des milliers de membres de la Coordination nationale des travailleurs de l'éducation (CNTE) occupent la place du Zócalo, au cœur de Mexico, transformant le principal lieu de rassemblement des supporteurs en camp de protestation. Les syndicalistes réclament une hausse de 100 % de leurs salaires et de meilleures conditions de travail, une augmentation jugée « incompatible avec le budget fédéral » par l'exécutif.
La semaine dernière, des affrontements ont éclaté lorsque des enseignants ont tenté d'occuper le ministère de l'Éducation. Les forces de sécurité ont utilisé du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants, tandis que des statues de footballeurs érigées pour la Coupe du monde étaient vandalisées sur le Paseo de la Reforma. Les protestataires ont arraché les maillots des effigies en plastique et les ont brûlés, inscrivant sur certaines d'entre elles : « Sans solution, le ballon ne roulera pas ». Un incendie a également été rapidement maîtrisé au ministère de l'Éducation.
Le Zócalo, enjeu symbolique et logistique
La place du Zócalo, d'une capacité officielle de 55 000 personnes pour les projections publiques, devait accueillir des milliers de fans pour les matchs de l'équipe nationale. Mais le campement des enseignants compromet ces plans. La Fédération internationale de football (FIFA) a déjà annulé une formation prévue pour les volontaires du Mondial sur cette place. Mexico attend environ 5 millions de touristes internationaux en juin et juillet, et les perturbations dans le centre historique, bloquant des artères majeures et l'accès à l'aéroport, inquiètent la chambre de commerce locale, qui dénonce un coût important pour le secteur privé.
Des négociations sous pression
Le gouvernement de Claudia Sheinbaum a proposé en mai 2025 une hausse de 10 % des salaires des enseignants, à appliquer d'ici septembre 2026, une offre rejetée par les syndicats. Le syndicat rival SNTE, historiquement proche des partis au pouvoir, réclame pour sa part 13 % d'augmentation pour faire face à l'inflation. Les salaires des enseignants débutants varient fortement selon les régions, oscillant entre 8 000 et 14 000 pesos par mois (soit environ 390 à 690 euros).
Lors de sa conférence de presse quotidienne, la présidente Sheinbaum a accusé les enseignants de chercher à provoquer le gouvernement alors que les regards du monde entier sont braqués sur le Mexique, tout en excluant une répression musclée. « Nous ne tomberons pas dans la provocation », a-t-elle déclaré, alors que son administration privilégie la voie de la négociation. Un compromis pourrait prendre la forme d'un ensemble de mesures combinant revalorisations salariales et augmentation des pensions.
Un conflit qui dure
La grève nationale, déclenchée le 1er juin par la CNTE, s'inscrit dans un mouvement plus large de contestation des politiques éducatives et des retraites menées par le gouvernement de Claudia Sheinbaum, successeure d'Andrés Manuel López Obrador et figure du parti anti-néolibéral Morena. Les enseignants bénéficient d'une visibilité médiatique maximale à l'approche du Mondial, et entendent utiliser cette tribune pour faire avancer leurs revendications. Alors que le match d'ouverture se profile, l'issue des négociations reste incertaine, et l'ombre du conflit plane sur la fête du football.