Nick Bilton, récemment nommé à la tête de l'émission emblématique « 60 Minutes », s'est efforcé jeudi de rassurer une rédaction ébranlée par le limogeage de l'un de ses piliers, Scott Pelley. Dans un courriel adressé au personnel, M. Bilton a assuré que le programme « ne recevra jamais d'instructions de la part de la direction » de CBS News concernant son travail d'enquête, selon des informations concordantes.

Ce message intervient dans un climat de profonde incertitude, alors que les trois derniers correspondants de l'émission – Lesley Stahl, Jon Wertheim et Bill Whitaker – réfléchissent à leur avenir au sein du programme. D'après des sources proches du dossier, ils délibèrent sur la conduite à tenir après le départ forcé de leur collègue de longue date, Scott Pelley. M. Bilton a indiqué dans son courriel s'être entretenu avec eux ces derniers jours, les qualifiant de « essentiels au succès de cette émission ». Il aurait dîné avec Lesley Stahl mercredi soir.

Des changements à la tête de la rédaction

M. Bilton a également annoncé que Maria Gavrilovic, une productrice chevronnée ayant travaillé en étroite collaboration avec Scott Pelley, avait été promue à un poste de direction et serait « à ses côtés ». Cette décision semble viser à maintenir un lien avec l'héritage et l'expertise de l'émission.

La crise a éclaté la semaine précédente, lorsque Bari Weiss, la rédactrice en chef de CBS News, a limogé l'équipe dirigeante de « 60 Minutes » ainsi que deux correspondants présents à l'antenne, avant d'installer Nick Bilton – un journaliste spécialisé dans les technologies et réalisateur, sans expérience dans le domaine de la diffusion – à la tête du programme. Ce remaniement brutal a nourri les craintes, chez certains journalistes, que le travail de l'émission puisse être influencé par David Ellison, le magnat hollywoodien qui a racheté CBS l'année précédente et dont dépend Bari Weiss.

Scott Pelley, ainsi que les correspondantes Sharyn Alfonsi et Cecilia Vega, également licenciées, ont affirmé avoir subi des ingérences éditoriales sous la direction de Bari Weiss. La chaîne a démenti ces accusations. Dans son courriel de jeudi, Nick Bilton a promis qu'il serait « guidé uniquement et toujours par ce qui fait le meilleur sujet pour nos téléspectateurs ».

Un ton plus conciliant après une semaine houleuse

Le message de M. Bilton marque un changement de ton par rapport à sa première rencontre avec les équipes, lundi, où il avait déclaré que la technologie rendait leur programme obsolète, comparant la diffusion traditionnelle à « un glaçon qui fond ». Cette intervention avait suscité une vive réaction de Scott Pelley, qui avait accusé M. Bilton d'avoir de « maigres qualifications » pour le poste et s'était emporté contre Bari Weiss, l'accusant de « tuer 60 Minutes ». Les propos cinglants de M. Pelley, salués par le personnel présent, ont conduit à son licenciement mardi soir. Dans une lettre formelle, M. Bilton a justifié cette décision par un comportement « d'une incivilité et d'un mépris remarquables ».

L'éviction de Scott Pelley a profondément choqué la rédaction, où l'ambiance était décrite comme « solennelle » selon une personne proche du dossier. Jeudi, M. Bilton a cherché à tourner la page en réaffirmant que « le fondement de 60 Minutes est son indépendance journalistique ».

Le format inchangé, un engagement pour apaiser

Cherchant à dissiper les craintes d'une refonte radicale, Nick Bilton s'est engagé à ne pas modifier profondément le format et le fonctionnement interne de l'émission. « Le dimanche soir fonctionne, a-t-il écrit. C'est la meilleure heure de journalisme télévisé, où que ce soit. » Il a salué les projections programmées, le travail détaillé sur les scripts et le format long des reportages, autant d'éléments qui font la réputation de « 60 Minutes ».

La nouvelle saison de cette émission, à la fois prestigieuse et lucrative, doit débuter en septembre. « Ça a été une sacrée première semaine, a conclu M. Bilton. Mettons-nous au travail. »