Le géant nippon du jeu vidéo a écopé d'une amende de 35 millions d'euros, prononcée par une juridiction européenne, pour avoir dissimulé un défaut affectant les manettes Joy-Con de ses consoles Switch. La décision, rendue publique ce mois-ci, met en lumière un vice connu sous le nom de « Joy-Con drift », qui provoque un mouvement intempestif des personnages à l'écran sans intervention du joueur.
Les juges ont estimé que Nintendo avait eu connaissance du problème dès 2018, mais avait attendu cinq ans avant d'en informer les consommateurs et de prendre des mesures correctives. Pendant cette période, l'entreprise a continué à commercialiser les consoles sans mentionner le défaut, ce qui a été considéré comme une tromperie. La sanction financière vise à réprimer cette rétention d'information qui a pu induire des millions d'acheteurs en erreur.
Un silence prolongé coûteux
D'après les éléments retenus par le tribunal, les ingénieurs de Nintendo avaient identifié dès 2018 un problème de conception au niveau des contacts électriques des manettes, à l'origine de la dérive. Mais l'entreprise a choisi de ne pas communiquer publiquement sur le sujet ni de proposer une réparation systématique. Ce n'est qu'en 2023, sous la pression des plaintes et des actions en justice, que la firme a lancé un programme de réparation gratuit pour les manettes concernées, sans toutefois reconnaître officiellement le défaut.
L'amende de 35 millions d'euros, qui s'ajoute aux frais de justice, est l'une des plus lourdes jamais infligées dans l'industrie du jeu vidéo pour un défaut matériel. Elle reflète la gravité que les juges ont accordée à la dissimulation délibérée pendant plusieurs années. Nintendo avait, dans un premier temps, nié toute connaissance préalable du problème, avant d'admettre, au cours de la procédure, que le défaut était connu en interne.
Des répercussions sur l'image et les consommateurs
Ce verdict intervient alors que la Switch, lancée en 2017, a connu un succès commercial phénoménal, avec plus de 140 millions d'unités vendues dans le monde. Le phénomène de « drift » a touché une proportion significative d'utilisateurs, conduisant à de nombreuses plaintes notamment aux États-Unis et en Europe. Des actions collectives avaient déjà été intentées dans plusieurs pays, poussant Nintendo à proposer des réparations sans frais, mais sans reconnaissance de responsabilité.
La condamnation pourrait avoir des conséquences au-delà de la simple amende. Elle expose Nintendo à de nouvelles demandes d'indemnisation de la part de consommateurs ou d'associations, et pourrait affaiblir la confiance des joueurs envers la marque. Les experts juridiques estiment que cette décision pourrait faire jurisprudence pour d'autres litiges liés à des vices cachés dans l'industrie technologique.
Une procédure en plusieurs étapes
L'affaire avait débuté après qu'une association de consommateurs a porté plainte, dénonçant un défaut systématique que Nintendo aurait dû signaler dès sa découverte. L'enquête a démontré que l'entreprise avait mis en place des réparations confidentielles pour éviter de générer une publicité négative, sans jamais alerter les clients existants ni modifier les informations commerciales. Le tribunal a jugé que cette attitude constituait une pratique commerciale trompeuse.
La somme de 35 millions d'euros, bien qu'importante, reste modeste au regard des revenus colossaux de Nintendo, qui a généré plusieurs milliards de bénéfices sur la période concernée. La société n'a pas encore indiqué si elle ferait appel de la décision. Dans un communiqué, Nintendo a exprimé sa déception et a laissé entendre qu'il pourrait contester la sanction, estimant avoir agi de bonne foi une fois le problème pleinement compris.
Quel avenir pour les Joy-Con ?
Ce jugement intervient alors que Nintendo s'apprête à commercialiser la prochaine génération de sa console, la Switch 2. Les observateurs s'interrogent sur les mesures que prendra l'entreprise pour éviter que le problème ne se reproduise sur les nouvelles manettes. La firme japonaise a promis d'améliorer la conception des Joy-Con de la Switch 2, mais n'a pas fourni de détails techniques. La décision de justice pourrait accélérer ces engagements, sous peine de nouvelles poursuites.