Le collectif EducNat contre Bolloré a mené sa première action publique mercredi 1er juillet, installant un mur de livres et de cahiers devant l'immeuble vitré du groupe Hachette Livre à Vanves, dans les Hauts-de-Seine. Les onze militants ont utilisé des spécimens envoyés gratuitement chaque fin d'année scolaire par la maison d'édition, des manuels, cahiers d'exercices et de travaux dirigés destinés à promouvoir ses produits auprès des enseignants. L'action, décrite comme un happening contestataire, visait à dénoncer ce que les participants considèrent comme une mainmise de Vincent Bolloré sur l'édition scolaire.
« Nous refusons de financer l'extrême droite », ont scandé les manifestants, reprenant le slogan fédérateur du mouvement « Désarmer Bolloré » dont le collectif est issu. Cette mobilisation s'inscrit dans une campagne plus large de boycott des manuels publiés par les filiales du groupe Hachette, détenu par Vivendi, le conglomérat contrôlé par l'homme d'affaires. Les organisateurs accusent ce dernier d'utiliser son emprise sur le marché du livre scolaire pour diffuser des valeurs qu'ils jugent contraires à la laïcité et à la neutralité de l'enseignement public.
Une industrie sous influence
Le secteur de l'édition scolaire française est dominé par quelques grands groupes, dont Hachette Éducation, filiale de Hachette Livre. Avec l'acquisition de ce dernier par Vivendi en 2024, les critiques se sont multipliées. Selon les opposants, Vincent Bolloré instrumentaliserait ce canal pour promouvoir un programme idéologique conservateur, notamment en orientant le contenu des manuels ou en imposant des auteurs proches de ses positions. Des enseignants et des syndicats ont déjà exprimé leurs réserves, pointant des risques pour l'indépendance pédagogique.
Le collectif EducNat, né dans la foulée des mobilisations contre le groupe Bolloré, appelle les professeurs et les établissements à boycotter les manuels édités par les marques appartenant à Hachette. « Nous avons choisi de construire un mur de manuels pour montrer que nous pouvons dresser une barrière face à cette offensive », a expliqué un des militants présents, précisant que l'objectif est de sensibiliser les acteurs de l'éducation à l'emprise de l'industriel breton. « Chaque euro dépensé dans ces livres finance un projet politique que nous rejetons », a-t-il ajouté.
Réactions et portée de l'action
Pour l'instant, ni Hachette Livre ni Vivendi n'ont officiellement réagi à ce happening. La direction du groupe d'édition s'est jusqu'à présent refusée à tout commentaire, tandis que les observateurs soulignent que l'impact économique d'un boycott reste à mesurer. Le marché du manuel scolaire représente plusieurs centaines de millions d'euros par an en France, et Hachette Éducation en détient une part significative, aux côtés de concurrents comme Belin, Nathan ou Bordas.
Le collectif, qui revendique une centaine de sympathisants actifs, prévoit d'autres actions dans les prochaines semaines. Il compte notamment distribuer des tracts dans les salons de l'éducation et organiser des pétitions en ligne pour élargir la mobilisation. « Le boycott est un moyen, mais notre but ultime est de sortir l'édition scolaire de l'emprise des grands groupes financiers », a précisé un porte-parole lors de l'action, insistant sur la nécessité de préserver un service public d'éducation libre de toute influence partisane.
Contexte plus large
Cette initiative s'inscrit dans un mouvement plus vaste de contestation contre Vincent Bolloré, qui s'est notamment manifesté lors de la cession controversée de certaines filiales ou de la nomination de proches à des postes clés dans les médias et l'édition. En juin, plusieurs collectifs d'enseignants et de chercheurs avaient déjà signé des tribunes dénonçant une « privatisation rampante » du contenu éducatif. Le boycott des manuels scolaires constitue une étape supplémentaire dans cette opposition, mêlant préoccupations pédagogiques et enjeux démocratiques.
Pour les membres d'EducNat, le mur de manuels dressé rue de l'Arbalète à Vanves est symbolique : il représente à leurs yeux la barrière que les enseignants et les parents peuvent ériger face à ce qu'ils perçoivent comme une dérive. Reste à voir si cet appel sera entendu dans les classes, où les choix de manuels sont souvent dictés par des habitudes, des contraintes budgétaires et des recommandations académiques.