Une destruction totale du lanceur et du pas de tir
Le lanceur New Glenn de Blue Origin a été entièrement détruit jeudi soir lors d'un essai de mise à feu statique sur le pas de tir 36A de la base de Cap Canaveral, en Floride. Selon les images diffusées en direct, d'épaisses fumées se sont échappées de la base du lanceur avant qu'une gigantesque boule de feu n'engloutisse le véhicule de 98 mètres de haut. L'explosion a provoqué une onde de choc ressentie jusqu'aux communes voisines de Cocoa Beach et Cap Canaveral, où des habitants ont composé le numéro d'urgence.
La société a rapidement confirmé qu'il s'agissait d'une anomalie lors d'un essai de mise à feu. « Tous les membres du personnel ont été retrouvés », a-t-elle déclaré. Les autorités locales ont précisé qu'aucune menace liée à des émanations toxiques n'était à déplorer et que le trafic aérien n'avait pas été perturbé, l'essai ne relevant pas des activités supervisées par l'agence fédérale de l'aviation (FAA).
Les informations préliminaires indiquent que les infrastructures au sol ont subi des dommages considérables. L'un des éventuels paratonnerres pourrait ne pas être récupérable et le système de transport-érecteur du lanceur pourrait également être irréparable. Le complexe 36A est le seul pas de tir équipé pour New Glenn. Un deuxième site, le 36B, est en construction mais à un stade précoce, ce qui suscite des interrogations sur la durée des opérations de reconstruction.
Les réactions des dirigeants
« Il est trop tôt pour connaître la cause profonde, mais nous travaillons déjà à la trouver », a écrit le fondateur de Blue Origin, Jeff Bezos, sur le réseau social X. « Journée très difficile, mais nous reconstruirons tout ce qui doit l'être et nous reprendrons les vols. Cela en vaut la peine. »
Le fondateur de SpaceX, Elon Musk, a qualifié l'accident de « très malheureux ». « Navré de voir cela, j'espère que vous vous rétablirez rapidement », a-t-il ajouté.
L'administrateur de la Nasa, Jared Isaacman, s'est exprimé sur la même plateforme : « Le vol spatial est impitoyable, et le développement d'une capacité de lancement lourd est extraordinairement difficile. Nous travaillerons avec nos partenaires pour soutenir une enquête approfondie sur cette anomalie, évaluer les impacts à court terme sur les missions et reprendre le lancement des fusées. » Il a précisé que l'agence fournirait des informations sur les conséquences pour les programmes Artemis et la base lunaire dès qu'elles seraient disponibles.
Un coup dur pour les projets lunaires de la Nasa et la constellation d'Amazon
L'explosion survient dans un contexte très défavorable pour Blue Origin. Le lanceur New Glenn n'avait repris les essais que depuis une semaine après avoir été cloué au sol par la FAA suite à l'échec d'une mission en avril, où l'étage supérieur n'avait pas placé un satellite de communication sur la bonne orbite. L'enquête sur cet incident, clôturée le 22 mai, avait attribué la défaillance à des conditions thermiques ayant empêché un moteur d'atteindre sa pleine poussée.
Cette nouvelle destruction compromet lourdement les échéances à venir. La Nasa avait sélectionné New Glenn le 26 mai pour livrer les deux premiers rovers lunaires, construits par Lunar Outpost et Astrolab, à la surface de la Lune en 2028. Le lanceur devait également emporter l'atterrisseur cargo Blue Moon Mark 1 cet automne, puis le rover VIPER de la Nasa l'année prochaine. Surtout, c'est sur l'atterrisseur habité Blue Moon Mark 2, destiné à voler sur une version plus puissante de New Glenn (9×4), que la Nasa compte, aux côtés du Starship de SpaceX, pour ramener des humains sur la Lune de façon répétée.
Des conséquences industrielles et commerciales immenses
Sur le plan commercial, New Glenn devait lancer dès le début juin 48 satellites de la constellation Leo d'Amazon, concurrente directe de Starlink de SpaceX. Ces satellites n'étaient pas à bord lors de l'essai destructif, mais le lancement est désormais reporté sine die.
L'ampleur des dégâts matériels est telle que les observateurs estiment qu'aucun lancement de New Glenn n'aura lieu avant 2027 au plus tôt. Blue Origin disposait jusqu'à présent de deux premiers étages et d'environ six étages supérieurs achevés, et visait une cadence mensuelle. La reconstruction du pas de tir pourrait prendre plus d'un an, comme ce fut le cas pour SpaceX après la destruction de son pas de tir 40 en 2016.
Un casse-tête pour l'enquête
Les équipes de Blue Origin ont entamé les investigations. Les premières observations suggèrent que le problème a pris naissance au niveau de l'étage principal du lanceur, propulsé par sept moteurs BE-4. L'origine exacte de l'anomalie n'est pas encore déterminée. Le représentant de Floride Mike Haridopolos, dont la circonscription inclut Cap Canaveral, a indiqué être en contact avec l'administrateur de la Nasa et a salué la réactivité des premiers secours et des équipes de lancement.