OpenAI a franchi une étape décisive vers les marchés publics en déposant confidentiellement son dossier d’introduction en Bourse auprès du régulateur financier américain, la Securities and Exchange Commission (SEC). L’entreprise de Sam Altman emboîte ainsi le pas à sa rivale Anthropic, qui avait officiellement soumis sa demande une semaine plus tôt. Cette double opération, quasi simultanée, est inédite dans le secteur de l’intelligence artificielle, où les deux sociétés se livrent une concurrence féroce pour séduire les investisseurs.
Des signaux contrastés en interne
La décision d’OpenAI intervient dans une période de turbulences internes. Si le dépôt auprès de la SEC est un signe de maturité financière, plusieurs indicateurs viennent tempérer l’optimisme. ChatGPT, le chatbot phare de la société, aurait manqué l’objectif symbolique du milliard d’utilisateurs actifs hebdomadaires, une cible jamais officialisée par la direction. Par ailleurs, le chatbot a perdu des parts de marché face à des concurrents comme Gemini de Google ou Claude d’Anthropic, notamment sur le segment des entreprises.
Ces difficultés ont suscité des inquiétudes au sein de la direction. La directrice financière, Sarah Friar, aurait exprimé à d’autres cadres ses craintes quant à la capacité de l’entreprise à honorer ses engagements en matière de puissance de calcul si les revenus n’augmentent pas suffisamment rapidement. Le conseil d’administration aurait également renforcé son contrôle sur les contrats liés aux centres de données, cherchant à encadrer les dépenses ambitieuses de Sam Altman.
Un endettement colossal
Les chiffres donnent la mesure des enjeux. OpenAI s’est engagée sur environ 600 milliards de dollars de dépenses d’infrastructure d’ici 2030. La dernière levée de fonds, réalisée en mars, a permis de réunir 122 milliards de dollars, ce qui constitue le tour de table le plus important de l’histoire de la Silicon Valley. Cependant, cette somme pourrait être épuisée en trois ans si les prévisions de revenus se réalisent, et une partie de ce financement dépend d’accords spécifiques avec des partenaires. Pour faire face, l’entreprise a entrepris de rationaliser ses dépenses et d’abandonner certains projets, à l’instar de Sora.
Une concurrence exacerbée
Le dépôt d’OpenAI intervient dans un contexte de rivalité intense avec Anthropic. Cette dernière, longtemps considérée comme l’outsider, a vu sa valorisation dépasser celle d’OpenAI ces dernières semaines, atteignant des sommets inédits. Les deux entreprises se livrent une course aux ressources financières pour financer leurs projets d’infrastructure et leurs modèles d’IA toujours plus puissants. La fenêtre de tir pour une introduction en Bourse est étroite, et les deux sociétés semblent vouloir saisir l’opportunité avant que les conditions de marché ne se dégradent.
Un marché sous tension
L’arrivée d’OpenAI et d’Anthropic à Wall Street pourrait redessiner le paysage de l’investissement technologique. Les investisseurs devront évaluer non seulement le potentiel de croissance de ces entreprises, mais aussi leur capacité à générer des bénéfices dans un secteur où les coûts sont colossaux. Les risques sont réels : l’IA générative, bien que prometteuse, n’a pas encore démontré sa rentabilité à grande échelle. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si ces introductions en Bourse marquent le début d’une nouvelle ère pour la tech ou si elles révèlent les fragilités d’un secteur en pleine effervescence.