La course à l'introduction en Bourse entre les deux leaders de l'intelligence artificielle s'accélère. OpenAI, la société à l'origine de ChatGPT, a annoncé avoir déposé à son tour un dossier préliminaire auprès du gendarme boursier américain, la Securities and Exchange Commission (SEC), une semaine après une démarche similaire de son rival Anthropic.
Dans un communiqué laconique, OpenAI a confirmé avoir soumis un formulaire S-1 confidentiel, une procédure visant à anticiper les fuites et à obtenir l'aval du régulateur sans divulguer publiquement ses données financières. « Nous avons récemment soumis un document S-1 confidentiel », précise l'entreprise, ajoutant n'avoir « pas encore arrêté de calendrier » pour une éventuelle mise sur le marché. OpenAI nuance toutefois son ambition en soulignant que « cela pourrait prendre un certain temps, car certaines choses que nous souhaitons faire seront sans doute plus simples à réaliser en tant que société non cotée ».
Une fenêtre de tir étroite
Cette annonce intervient dans un contexte de frénésie financière autour du secteur technologique américain. Anthropic, fondé par d'anciens cadres d'OpenAI, avait déposé un dossier analogue le 1er juin. Les deux entreprises espèrent profiter de l'engouement des investisseurs pour l'intelligence artificielle, alors que Wall Street s'apprête à accueillir l'introduction en Bourse record de SpaceX, visant une levée de 75 milliards de dollars.
OpenAI et Anthropic affichent des valorisations privées vertigineuses, respectivement estimées à plus de 850 milliards et près de 1 000 milliards de dollars. Ces montants, sans précédent pour des sociétés aussi jeunes, témoignent des attentes colossales placées dans l'IA générative. La directrice financière d'OpenAI, Sarah Friar, a qualifié l'introduction en Bourse de « jalon », précisant qu'il ne s'agit pas d'une « destination » mais « simplement d'un autre moyen de lever des fonds ».
Des enjeux financiers colossaux
Les besoins de financement des laboratoires d'IA sont immenses. Ils doivent couvrir l'acquisition de millions de processeurs graphiques (GPU), la construction de mégacentres de données énergivores et l'attraction des meilleurs talents. Les dépôts de dossiers quasi simultanés reflètent la nécessité pour ces entreprises de trouver des capitaux supplémentaires pour soutenir la course à la puissance de calcul.
Le document S-1 d'OpenAI, une fois rendu public, devrait apporter une transparence inédite sur les finances de l'entreprise. Les analystes attendent notamment des précisions sur ses revenus, ses pertes, ses flux de trésorerie et la vitesse à laquelle elle consomme son capital. La publication pourrait également éclaircir la nature de sa relation avec Microsoft, son principal partenaire technologique et financier, ainsi que les détails de sa gouvernance, marquée par une structure hybride entre association à but non lucratif et entité commerciale.
Une concurrence exacerbée
La rivalité entre OpenAI et Anthropic ne se limite pas aux levées de fonds. Elle s'exprime aussi sur le terrain des modèles d'IA. OpenAI développe GPT, tandis qu'Anthropic mise sur Claude. Les deux entreprises cherchent à conquérir des parts de marché auprès des entreprises et du grand public. Si ChatGPT revendique près d'un milliard d'utilisateurs hebdomadaires, Anthropic mise sur une approche différente, mettant l'accent sur la sécurité et le contrôle des modèles.
Le secteur de l'IA attire l'essentiel de la croissance économique américaine, et cette effervescence devrait se poursuivre. L'entrée en Bourse d'OpenAI et d'Anthropic, si elle se concrétise, constituerait un test majeur pour la capacité des marchés publics à soutenir des entreprises à la valorisation exceptionnelle mais aux besoins d'investissement tout aussi exceptionnels.