Une recrudescence des faits divers mais un risque statistiquement faible

Depuis plusieurs mois, les récits d'incendies de toitures impliquant des panneaux solaires se multiplient dans les médias locaux. Pourtant, les chiffres disponibles et les analyses techniques invitent à nuancer le phénomène. Le Bureau d'analyse des risques et pollutions industriels (BARPI), qui dépend du ministère de la Transition écologique, recense 138 incendies cumulés impliquant des installations photovoltaïques sur des sites industriels. L'organisme précise que, dans la grande majorité des cas, les panneaux n'étaient pas à l'origine du sinistre.

Sur l'ensemble du parc français, qui a doublé entre 2019 et 2024 pour dépasser le million de systèmes raccordés, les sinistres liés au solaire restent très marginaux. Le pays enregistre chaque année environ 240 000 incendies domestiques, toutes causes confondues. Une étude menée par le groupe AXA sur les installations d'une puissance supérieure à 36 kW, entre 2020 et 2024, indique que les incendies ne représentent que 6 % des sinistres déclarés pour cette catégorie, alors qu'ils pèsent 60 % du montant total des indemnisations versées par l'assureur.

Des défaillances concentrées sur les composants annexes

Les investigations menées par les experts pointent une cause quasi systématique : ce ne sont pas les cellules photovoltaïques elles-mêmes qui prennent feu, mais les éléments périphériques de l'installation. Connecteurs, câblage et onduleurs sont identifiés comme les sources principales des départs de flamme. Pascal Vanhulle, directeur technique chez Efectis – le principal laboratoire agréé par le ministère de l'Intérieur pour les essais de résistance au feu –, explique que les surcharges électriques et les courts-circuits génèrent des points chauds. Il prévient notamment contre le mélange de connecteurs de marques différentes : la jonction crée alors une résistance anormale qui provoque un échauffement localisé.

Un défaut de sertissage ou une borne mal serrée peut entraîner un échauffement dès les premières semaines de fonctionnement, conduisant à terme à un arc électrique. Le courant continu produit par les panneaux présente par ailleurs une particularité dangereuse : il est impossible à couper, ce qui empêche l'extinction du phénomène tant que la production se poursuit.

La qualité de la pose en question

Les spécialistes s'accordent sur un point : l'essentiel du risque réside dans les choix effectués au moment de l'installation. Les incendies touchent plus fréquemment les dispositifs dits « intégrés au bâti » (IAB), où les modules sont directement insérés dans la couverture de la toiture. Ce mode de pose, aujourd'hui abandonné au profit de la surimposition, ne permettait pas une ventilation suffisante sous les panneaux, accélérant le vieillissement des composants sous l'effet de la chaleur accumulée.

En France, l'accès à la prime à l'autoconsommation est conditionné à la détention d'une certification RGE QualiPV par l'installateur. Ce dispositif vise à filtrer une partie des poses les moins rigoureuses, mais il ne constitue pas une garantie absolue. Les propriétaires de maisons individuelles faisant appel à un professionnel certifié sont considérés comme exposés à un risque moindre, selon les experts.

Une méfiance croissante malgré des données rassurantes

La multiplication des faits divers, souvent spectaculaires, alimente une méfiance envers l'énergie solaire qui contraste avec la faiblesse du risque réel. Les autorités et les assureurs appellent à une vigilance accrue sur la qualité des installations plutôt qu'à une remise en cause du photovoltaïque. La filière mise sur la formation et la certification des installateurs pour maintenir un niveau de sécurité élevé, alors que le nombre de systèmes raccordés continue de croître rapidement.