La bataille autour du projet de fusion entre Paramount Skydance et Warner Bros. Discovery (WBD) prend un tour plus acerbe. Paramount accuse désormais Netflix de mener une offensive tous azimuts pour faire échouer l'opération, évaluée à 111 milliards de dollars.
Dans un courrier daté du 5 juin et adressé à des responsables de la division antitrust du département de la Justice américain, le directeur juridique de Paramount, Makan Delrahim, affirme que Netflix cherche à « contaminer les autorités de régulation et les autres parties prenantes » contre la transaction. Il qualifie la réaction de son concurrent de « panique » et dénonce une « campagne de la terre brûlée ».
Netflix aurait tenté d'influencer le syndicat des Teamsters
Ce document, dont le contenu a été rendu public, répond directement à un courrier que la Fraternité internationale des Teamsters (IBT) avait envoyé au ministère de la Justice en mars. Le puissant syndicat, qui revendique 1,3 million de membres, demandait alors que l'opération soit bloquée, estimant qu'elle menacerait l'emploi dans les secteurs du cinéma et de la télévision. Selon la lettre de Paramount, Netflix aurait cherché à convaincre les Teamsters et d'autres acteurs que le rachat de 21st Century Fox par Disney en 2019 avait eu un « impact négatif » sur la production et l'emploi. « Franchement, le récit “la fin du monde” de Netflix s'écarte considérablement de la réalité des faits », écrit Makan Delrahim.
Paramount promet une augmentation de la production
Pour contrer ces inquiétudes, le responsable juridique de Paramount assure que la fusion, loin de réduire l'activité, entraînerait une hausse de la production de contenus. Il cite l'exemple de la fusion de Paramount avec Skydance en 2025, qui aurait déjà permis de renouveler ou d'acheter une vingtaine de séries et de « quasiment doubler sa production cinématographique cette année par rapport à 2025 ». Makan Delrahim soutient que ce surcroît d'activité profitera aux scénaristes, réalisateurs, acteurs mais aussi aux chauffeurs, repéreurs, directeurs de casting, traiteurs, mécaniciens et dresseurs d'animaux. « Plus de films et de séries en production signifie plus de feuilles de service, plus de jours de tournage en extérieur, plus de travail de transport, de casting et de restauration », détaille-t-il.
Un endettement colossal et des suppressions de poste annoncées
Ce tableau optimiste contredit toutefois des déclarations antérieures de Paramount elle-même. Dans un document déposé auprès du gendarme boursier américain en janvier, la société avait indiqué que l'entité fusionnée prévoyait une baisse de ses dépenses en contenus, inférieure à 10 %, et que des économies d'un montant supérieur à 6 milliards de dollars étaient attendues. Paramount avait alors expliqué que les réductions de coûts viendraient principalement des « opérations redondantes dans tous les aspects de l'activité – en particulier l'administration, les finances, la direction, le juridique, la technologie, l'infrastructure et l'immobilier », ce qui implique des suppressions d'emplois.
Par ailleurs, une fois réunies, Paramount et WBD porteraient une dette cumulée d'environ 79 milliards de dollars. Le président-directeur général de Paramount, David Ellison, a promis que le nouveau groupe sortirait au moins trente longs-métrages par an, avec une durée d'exploitation en salles d'au moins 45 jours.
Netflix dément
En réponse aux accusations de Paramount, Netflix a qualifié ces allégations d'« absurdes ». Le service de streaming avait lui-même été sur les rangs pour acquérir les activités de Warner Bros., avant de se retirer des négociations en février, laissant le champ libre à Paramount.