La restauration d'une mosaïque de sol emblématique de Milan, le « Taureau cabré » (Rampant Bull), installée dans la galerie marchande Galleria Vittorio Emanuele II, a déclenché une vive polémique. Les visiteurs et les internautes s'interrogent sur le sort des testicules de l'animal, élément central d'une tradition locale bien connue.

Une mosaïque victime de son succès Datant du XIXe siècle, cette œuvre en tesselles a subi une usure localisée en raison d'un rituel touristique : les passants posent leur talon droit sur les parties génitales du taureau et effectuent trois tours sur eux-mêmes. Selon la croyance, ce geste attire la prospérité ou garantit un retour à Milan. Avec le temps, les frottements répétés ont creusé une cavité dans les carreaux roses représentant l'attribut de l'animal, nécessitant une intervention de la Surintendance de l'archéologie, des beaux-arts et du paysage de Milan.

Des personnalités, dont l'acteur George Clooney et son épouse Amal, auraient accompli ce rituel avant le début des travaux, contribuant à la célébrité de la mosaïque. La fréquentation quotidienne de la galerie, l'un des hauts lieux du shopping et du tourisme milanais, a accéléré la dégradation de la zone fragile.

Des travaux controversés La rénovation, menée par des restaurateurs spécialisés, a consisté à remplacer les tesselles abîmées par des éléments neufs. Cependant, une fois les échafaudages retirés, les critiques ont fusé : les testicules du taureau semblaient avoir disparu ou avoir été considérablement réduits. Des photos comparatives diffusées sur les réseaux sociaux montrent une zone autrefois marquée par deux boules roses bien visibles, désormais remplacée par une tache plus claire et moins définie. « Que sont devenues les testicules ? », se moquent les usagers de la galerie, tandis que des journaux italiens titrent sur la « castration » de l'œuvre.

La réponse des autorités Emanuele Carpani, surintendant à l'archéologie, des beaux-arts et du paysage de Milan, a tenu à rassurer le public. « Les testicules sont toujours là, ce sont deux petites boules de mosaïque, mais elles sont beaucoup plus petites qu'auparavant », a-t-il déclaré. Il explique que l'usure avait creusé le sol, donnant l'illusion que la zone testiculaire était plus grande. En réalité, le cratère a été comblé et les tesselles refaites à l'identique du motif d'origine, qui était plus discret. La teinte rose a également été ajustée pour correspondre aux couleurs historiques, ce qui explique la différence visuelle perçue.

Carpani précise que la restauration a été effectuée avec soin, en respectant les fragments restants et en se basant sur des documents d'archives. Il ajoute que la Surintendance envisage d'installer une protection en verre ou en résine transparente pour éviter que la même zone ne s'abîme à nouveau. Une telle solution permettrait de préserver l'œuvre tout en maintenant la tradition du geste du talon.

Quelles protections pour l'avenir ? La controverse relance le débat sur la conservation des œuvres d'art dans les espaces publics très fréquentés. La mosaïque du Taureau cabré attire chaque jour des milliers de visiteurs, et l'interaction physique fait partie de son attrait. Trouver un équilibre entre la préservation du patrimoine et la pérennité d'une pratique populaire constitue un défi pour les autorités culturelles milanaises. En attendant une éventuelle protection, le débat reste vif : les puristes regrettent la disparition apparente d'un détail emblématique, tandis que les restaurateurs estiment avoir rendu à l'œuvre son aspect d'origine.