Crise agricole

Dans l’Indre, deux frères céréaliers, installés depuis plusieurs décennies, disent vivre une situation inédite. Pour la première fois de leur carrière, ils ne parviennent plus à faire face à l’ensemble de leurs échéances financières. « Pour la première fois, je ne pourrai pas honorer toutes mes factures », confie l’un d’eux. Leur exploitation, comme beaucoup d’autres dans la région, est prise en étau entre l’effondrement des prix des céréales et l’augmentation continue des intrants, du carburant et des charges fixes.

Un modèle de production à bout de souffle

Ces exploitants, qui cultivent principalement du blé et de l’orge, ont vu leur revenu fondre d’année en année. Le prix de vente de leur récolte est désormais inférieur au coût de revient. « On travaille à perte », résume l’un des agriculteurs. Le modèle intensif, fondé sur des rendements élevés et une dépendance aux engrais chimiques et au gazole, semble avoir atteint ses limites. Les deux frères soulignent que les charges ont augmenté de manière disproportionnée par rapport au prix du blé, qui stagne ou baisse sur les marchés internationaux.

Des années d’investissements et d’endettement

Pour moderniser leur outil de travail et tenter de rester compétitifs, ils ont investi massivement dans du matériel agricole coûteux – tracteurs, moissonneuses-batteuses, systèmes d’irrigation. Ces emprunts pèsent désormais lourdement sur la trésorerie. « On a investi pour être plus productifs, mais cela n’a pas suffi », explique l’un des céréaliers. Aujourd’hui, les mensualités de remboursement ne peuvent plus être absorbées par les recettes de la vente des grains. Le risque de cessation de paiement se rapproche.

Des solutions qui tardent à venir

Interrogés sur les soutiens publics, les deux frères regrettent que les aides de la politique agricole commune (PAC) ne compensent plus les pertes de revenu. Ils dénoncent également l’absence de mécanismes de régulation des marchés et de protection contre la volatilité des prix. « On nous demande de produire plus, mais personne ne garantit un prix rémunérateur », affirme l’un d’eux. Face à l’urgence, certains agriculteurs du département commencent à envisager des reconversions partielles ou des cessations d’activité.

Un tableau noir pour l’avenir de la céréaliculture

Le cas de ces deux céréaliers illustre une tendance plus large : la filière céréalière française, en particulier dans les régions de grandes cultures comme le Berry, traverse une crise de rentabilité sans précédent. La combinaison de charges élevées, de prix bas et d’un endettement historique menace la pérennité de nombreuses exploitations. Pour l’instant, les deux frères continuent à semer et à moissonner, mais avec le sentiment de travailler « pour rien ». L’un d’eux conclut : « On ne demande pas la charité, juste de pouvoir vivre de notre métier. »