La fin d'une privatisation de trente-huit ans
Le Royaume-Uni a officiellement repris le contrôle de British Steel, mettant fin à près de quatre décennies de gestion privée pour cet acteur historique de la sidérurgie britannique. La décision, annoncée le jeudi 16 juillet, a été rendue possible après que le souverain a accordé son assentiment royal à une loi dédiée. L'entreprise, cédée au secteur privé en 1988, était détenue depuis 2020 par le conglomérat chinois Jingye.
Le Premier ministre en exercice, Keir Starmer, a justifié cette mesure dans un communiqué en ces termes : « La décision prise aujourd'hui garantit l'avenir de la production d'acier au Royaume-Uni, protège des emplois qualifiés et préserve une capacité nationale vitale. »
Scunthorpe, dernier bastion de l'acier primaire
L'aciérie de Scunthorpe, dans le centre-est de l'Angleterre, abrite les deux derniers haut-fourneaux à charbon encore en activité sur le sol britannique. Il s'agit également de la dernière installation capable de produire de l'acier primaire à partir de minerai de fer dans le pays. Or, Jingye avait fait savoir l'an dernier son intention de fermer ces installations, jugées insuffisamment rentables, ce qui aurait directement menacé environ 2 700 emplois sur le site.
Pour parer à cette menace, Londres avait déjà légiféré en urgence dès avril 2025. Une première loi avait alors permis à l'État de donner des instructions aux dirigeants de British Steel, de commander les matières premières, de garantir le paiement des salaires et de maintenir les équipements en fonctionnement.
Un coût élevé pour le contribuable
Le maintien en activité de l'usine de Scunthorpe n'est pas sans conséquence pour les finances publiques. Le Bureau national d'audit britannique a estimé, en mars 2026, que l'exploitation du site coûtait chaque jour environ 1,3 million de livres sterling (soit environ 1,53 million d'euros) au contribuable.
La contestation de Pékin
La nationalisation a provoqué une vive réaction de la part des autorités chinoises. Le gouvernement de la République populaire a fait savoir, le 17 juillet, qu'il « s'oppose fermement » à cette décision et a exhorté le Royaume-Uni à « respecter les règles internationales ». Le groupe Jingye, propriétaire sortant, réclame quant à lui une compensation « rapide, adéquate et effective » pour les investissements réalisés depuis son acquisition de British Steel.
Selon les informations disponibles, le conglomérat chinois avait annoncé en juin son intention de recouvrer jusqu'à 711 millions de livres sterling (837 millions d'euros) de dettes auprès de l'entreprise reprise. Un expert indépendant devra désormais déterminer si une indemnité doit être versée à Jingye et, le cas échéant, en fixer le montant.
Un précédent qui interroge
Cette nationalisation marque un précédent notable dans la politique industrielle britannique. Elle tranche avec l'approche de la France qui, confrontée aux difficultés du sidérurgiste ArcelorMittal, a refusé de nationaliser ses installations. Le gouvernement de Keir Starmer a justifié sa décision par l'impératif de préserver une filière stratégique pour la souveraineté nationale et la défense des emplois qualifiés dans une région industrielle déjà fragile.