Le gouvernement britannique a officialisé, le 16 juillet, la nationalisation de British Steel, producteur d’acier historique du pays, justifiant cette décision par la nécessité de préserver une capacité industrielle stratégique. L’entreprise, privatisée en 1988, était détenue depuis 2020 par le groupe chinois Jingye.

« La décision prise aujourd’hui garantit l’avenir de la production d’acier au Royaume-Uni, protège des emplois qualifiés et préserve une capacité nationale vitale », a déclaré le Premier ministre de l’époque, Keir Starmer, dans un communiqué. L’opération a été rendue possible par l’adoption d’une loi spécifique ayant reçu l’assentiment royal.

Un conflit autour de l’avenir des hauts-fourneaux

La nationalisation intervient après plusieurs mois de confrontation entre Londres et Jingye. Le groupe chinois avait annoncé, l’année précédente, son intention de fermer les deux derniers hauts-fourneaux à charbon du Royaume-Uni, situés à Scunthorpe (centre-est de l’Angleterre), estimant leur exploitation insuffisamment rentable. Cette menace pesait directement sur environ 2 700 emplois.

Dès avril 2025, le gouvernement britannique avait fait voter en urgence une première loi permettant à l’État de donner des instructions aux dirigeants de British Steel, de commander les matières premières, de garantir les salaires et de maintenir les installations en activité. Le Bureau national d’audit avait estimé en mars 2026 que le maintien en activité de l’aciérie coûtait au contribuable environ 1,3 million de livres sterling (1,53 million d’euros) par jour.

Jingye et Pékin exigent une compensation

Le propriétaire chinois a immédiatement réagi en exigeant « une indemnisation rapide, adéquate et effective » pour les investissements réalisés dans British Steel. Jingye réclame notamment le remboursement de dettes qu’il évalue à 711 millions de livres sterling (837 millions d’euros). Un expert indépendant devra déterminer si une compensation doit être versée et, le cas échéant, en fixer le montant.

Pékin a également fait connaître son opposition. Le 17 juillet, la Chine a déclaré « s’opposer fermement » à cette nationalisation et a exhorté le Royaume-Uni à « respecter les règles internationales ». Cette prise de position officielle traduit les tensions provoquées par l’expropriation d’un actif détenu par un groupe chinois.

Un choix stratégique contrasté avec la France

Cette nationalisation marque un tournant pour la sidérurgie britannique. Le site de Scunthorpe représente le dernier bastion de la production d’acier primaire à partir de minerai dans le pays. La décision de Londres contraste avec l’attitude de la France, qui a refusé de reprendre les activités d’ArcelorMittal confrontées à des difficultés.

L’opération intervient alors que Keir Starmer, qui était Premier ministre sortant, avait fait de la souveraineté industrielle un axe de son action. Le gouvernement travailliste a estimé que la fermeture des hauts-fourneaux aurait non seulement supprimé des emplois qualifiés, mais aussi privé le Royaume-Uni d’une capacité de production jugée vitale pour sa sécurité nationale et son économie.

La nationalisation de British Steel ouvre désormais une période d’incertitude juridique et financière, tant sur le montant de l’indemnisation due à Jingye que sur la stratégie industrielle à long terme de l’aciérie de Scunthorpe.