Un sujet imposé par l'émotion
L'affaire Lyhanna, qui a profondément ému le pays, a propulsé la lutte contre les violences faites aux enfants au premier plan de la campagne présidentielle de 2027. Les candidats, déclarés ou putatifs, multiplient les annonces pour répondre à l'indignation suscitée par les défaillances de la justice dans ce dossier. Derniers en date à se positionner, les deux rivaux du bloc central, le chef de Renaissance Gabriel Attal et celui d'Horizons Édouard Philippe, ont accordé ce week-end de longs entretiens à la presse pour exposer leurs réformes.
Des mesures pour accélérer et renforcer la procédure
Tous deux jugent insuffisants les moyens alloués à la Chancellerie. Édouard Philippe a estimé qu'il faut « continuer à les augmenter, au même rythme qu'aujourd'hui, voire plus ». Gabriel Attal propose de son côté de « fixer un objectif de 3 000 nouveaux recrutements de magistrats et greffiers, qui devra être enclenché dès 2027 ».
Le candidat d'Horizons souhaite que chaque plainte donne « tout de suite lieu à une évaluation et à la mise en place, si nécessaire, de mesures immédiates de protection ». Il évoque également un dispositif, inspiré du modèle anglais, permettant aux parents d'obtenir des informations sur les adultes en contact avec leurs enfants.
Chez Renaissance, Gabriel Attal veut que toute plainte aboutisse à une action « dans les 48 heures » et qu'une enquête soit bouclée « en moins de trois mois ». Il propose d'utiliser l'intelligence artificielle « à tous les étages » pour unifier les fichiers de justice et de police, et libérer l'équivalent de plus de 3 000 postes de greffiers et de magistrats.
Sanctions alourdies et divergences sur la méthode
Les deux candidats s'accordent sur la suppression du juge d'application des peines et sur un alourdissement des sanctions. Gabriel Attal prône même l'imprescriptibilité des crimes sur mineurs. En revanche, ils ne vont pas jusqu'à la castration chimique des criminels sexuels récidivistes, que recommande le candidat des Républicains Bruno Retailleau.
La proposition de Gabriel Attal d'aligner le traitement des pédocriminels sur celui des terroristes – fichier centralisé, parquet spécialisé – est vivement critiquée par Édouard Philippe. « Je comprends que face à l'émotion on cherche la formule choc pour montrer sa détermination. Mais ce parallèle traduit une forme d'incompréhension de ce qu'est la pédocriminalité », a-t-il déclaré.
Un débat sur l'indépendance de la justice
Édouard Philippe propose également de replacer le Parquet sous l'autorité du ministre de la Justice. « Le ministre devrait pouvoir donner des instructions individuelles » aux magistrats, a-t-il affirmé, s'attaquant à l'indépendance des juges instaurée par la loi Taubira.
Des candidats de tous bords s'emparent du sujet
Au-delà de ces deux figures, plusieurs autres candidats ont déjà dévoilé leurs propositions. Le débat public est désormais structuré autour de la nécessité de réformer la justice pour protéger les enfants, et ce thème s'annonce central dans les semaines à venir.