À quelques jours de la décision de la Cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont donné, samedi à Liévin, une démonstration d’unité. Devant des militants réunis dans le Pas-de-Calais, la cheffe de file du Rassemblement national a assuré qu’elle apporterait son soutien à Jordan Bardella si elle se trouvait empêchée de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. « Si je ne peux pas être candidate, je soutiendrai Jordan Bardella », a-t-elle déclaré, selon des propos rapportés sur place.

Le président du parti a, de son côté, réaffirmé son appui à Marine Le Pen, alors que l’incertitude judiciaire plane sur la candidature de cette dernière. « Je suis à ses côtés, quoi qu’il arrive », a-t-il indiqué, en écho à l’appel à la sérénité lancé par sa colistière. Marine Le Pen a également voulu rassurer les troupes, en martelant : « Nous ne nous découragerons jamais, nous lutterons toujours. » Cette prise de parole visait à conjurer les effets d’une éventuelle condamnation qui pourrait l’empêcher de briguer l’Élysée.

Un meeting sous haute tension judiciaire

La réunion de Liévin s’est déroulée dans une atmosphère particulière, alors que la Cour d’appel de Paris doit se prononcer dans le dossier des assistants d’eurodéputés du Front national, devenu Rassemblement national. Marine Le Pen et vingt-quatre autres prévenus avaient été condamnés en première instance pour détournement de fonds publics, une peine assortie d’une inéligibilité immédiate qui avait provoqué une onde de choc politique. L’appel, jugé ces dernières semaines, pourrait soit confirmer la condamnation et ses conséquences électorales, soit infirmer ou modifier la peine.

En choisissant de se montrer ensemble, les deux figures du parti d’extrême droite ont cherché à dissiper toute spéculation sur une rivalité ou une division. Jordan Bardella, qui préside le mouvement depuis 2022, apparaît comme le successeur naturel si Marine Le Pen devait être déclarée inéligible. Les déclarations de Liévin officialisent cette hypothèse, sans pour autant entériner un changement de candidat. Marine Le Pen reste pour l’heure la candidate désignée et continue de mener campagne.

Une stratégie de « front uni »

Cette démonstration de cohésion intervient alors que le Rassemblement national affine discrètement ses réseaux diplomatiques en vue de la présidentielle, comme l’ont révélé des travaux récents. Mais à Liévin, c’est la question de la succession qui a été au cœur des discours. Les deux dirigeants ont insisté sur la nécessité de rester soudés face à ce qu’ils qualifient de « persécution judiciaire ». Marine Le Pen a dénoncé une « instrumentalisation de la justice » et promis de « continuer le combat ». Jordan Bardella a abondé en affirmant que le mouvement ne se laisserait pas « abattre par des décisions politisées ».

Pour les stratèges du parti, cette unité affichée est cruciale à un an du scrutin. Les sondages placent régulièrement Marine Le Pen en tête des intentions de vote, mais l’épée de Damoclès judiciaire pourrait rebattre les cartes. En désignant Jordan Bardella comme son « plan B », Marine Le Pen tente de rassurer les électeurs sur la continuité du projet politique, quel que soit le verdict. Le meeting de Liévin a ainsi servi de caisse de résonance à cette ligne : « unis, quoi qu’il arrive ».

Des soutiens extérieurs

D’autres figures du parti, comme Marion Maréchal, ont également pris la parole ces dernières semaines pour déclarer Marine Le Pen « prête » pour l’Élysée, renforçant le message de confiance. À Liévin, les militants ont réservé une ovation aux deux têtes de l’affiche, signe que la base adhère à cette stratégie de front commun.

Le verdict de la Cour d’appel est attendu dans les prochains jours. Il décidera non seulement du sort judiciaire de Marine Le Pen, mais aussi, potentiellement, de l’identité du candidat du Rassemblement national en 2027. En attendant, le parti mise sur une vitrine unie, celle d’un duo qui affirme ne pas craindre l’avenir immédiat.