La primaire démocrate pour le Sénat fédéral au Michigan entre dans une phase décisive. Le retrait de la sénatrice d’État Mallory McMorrow, annoncé dimanche 5 juillet, a réduit la compétition à deux candidats aux profils idéologiquement opposés : Abdul El-Sayed, ancien responsable de la santé publique, et la représentante fédérale Haley Stevens. Ce face-à-face cristallise l’un des clivages les plus marqués de la saison primaire démocrate à l’échelle nationale.

Deux visions irréconciliables

Abdul El-Sayed, qui a été directeur du département de la santé du comté de Detroit, incarne une ligne résolument progressiste. Il est soutenu par le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders et par la députée de New York Alexandria Ocasio-Cortez. Il défend notamment l’instauration d’un système d’assurance maladie universel « Medicare for All » et se montre très critique envers la politique israélienne. En face, Haley Stevens, élue à la Chambre des représentants depuis quatre mandats, se positionne comme une modérée pragmatique. Elle bénéficie de l’appui du chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, et de plusieurs comités d’action politique proches des milieux d’affaires et pro-israéliens. Une partie importante de ses financements publicitaires provient de groupes liés à l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC).

Un avantage publicitaire face aux sondages

Les enquêtes d’opinion récentes donnent Abdul El-Sayed en tête des intentions de vote. Cependant, ses adversaires espèrent que la puissance de feu financière de Haley Stevens – notamment via des super PAC – parviendra à inverser la tendance. La candidate modérée dispose d’une avance considérable en matière de diffusion de spots télévisés, un atout qui pourrait faire la différence dans une primaire à fort taux d’abstention.

Un enjeu national pour le Parti démocrate

Ce scrutin est scruté de près par l’ensemble de la classe politique, car il illustre la lutte d’influence entre l’aile gauche et l’aile centriste du parti à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. Le siège en jeu est celui que la démocrate sortante Debbie Stabenow avait occupé pendant plusieurs décennies. La candidate qui remportera la primaire d’août affrontera le vainqueur de la primaire républicaine. Les observateurs estiment que ce duel interne donnera le ton pour d’autres scrutins similaires dans le pays.

Le départ de Mallory McMorrow, qui n’était pas parvenue à trouver un créneau distinct entre les deux favoris, a donc simplifié le tableau. Reste à savoir si l’électorat démocrate du Michigan, historiquement marqué par un équilibre entre syndicats ouvriers et classes moyennes périurbaines, tranchera en faveur d’un programme très marqué à gauche ou d’une approche centrée sur la capacité à légiférer.