Le procès de Lakhdar M., jugé pour le meurtre et le démembrement de son épouse Assia M., a connu un tournant décisif en fin de deuxième journée. Après avoir nié durant des mois, l'accusé a finalement reconnu l'ensemble des faits devant la cour d'assises de Paris, mettant fin à une stratégie de défense qui consistait à minimiser son implication.

Des aveux tardifs mais complets

Interrogé par le président du tribunal, Lakhdar M. a déclaré avoir étranglé sa femme dans leur appartement, avant de démembrer le corps et de disperser les restes dans le parc des Buttes-Chaumont. Il a précisé avoir agi seul, sans préméditation, sous le coup d'une « colère incontrôlable » après une dispute. Les enquêteurs avaient retrouvé des fragments du corps de la victime en juillet 2023, ce qui avait déclenché une vaste enquête.

Les aveux ont été accueillis avec émotion par la famille de la victime, présente dans la salle. L'avocat général a souligné que ces déclarations tardives ne changent pas la gravité des faits, mais permettent d'établir la matérialité du crime au-delà de tout doute.

La vie de couple « dégradée » au cœur des débats

La matinée avait été consacrée à l'examen de la relation entre les époux. Des témoins et des experts psychologues ont décrit un couple marqué par des violences conjugales récurrentes et une emprise croissante de l'accusé sur sa compagne. « Leur vie commune s'est dégradée progressivement, avec des épisodes de crispation et d'isolement », a rapporté un psychologue clinicien mandaté par la cour.

Assia M., mère de deux enfants, avait plusieurs fois alerté ses proches sur le comportement de son mari, sans jamais porter plainte. L'un de ses frères a témoigné : « Elle disait qu'il devenait possessif, qu'il ne supportait pas qu'elle sorte sans lui. Mais elle voulait sauver son couple pour les enfants. » Ces éléments viennent renforcer l'accusation de féminicide conjugal, dans un contexte de contrôle coercitif.

Expertises psychologiques et profil de l'accusé

Les experts psychiatres ont décrit Lakhdar M. comme un homme « au fonctionnement émotionnel immature, sujet à des accès de rage incontrôlés », mais sans trouble mental avéré au sens de l'article 122-1 du code pénal. Sa responsabilité pénale est donc pleine et entière. L'un des experts a relevé chez lui une « incapacité à gérer la frustration » et une « tendance à la manipulation », ce qui pourrait expliquer pourquoi il a attendu le procès pour avouer.

La défense, quant à elle, plaide pour une prise en compte des « circonstances atténuantes » liées à un « parcours de vie difficile ». Mais les avocats des parties civiles dénoncent une instrumentalisation : « Reconnaître les faits au dernier moment, c'est une tentative de contrôler le récit, pas un vrai repentir. »

Suites du procès

Le verdict est attendu dans les prochains jours. L'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité. La cour doit encore entendre les derniers témoins et les réquisitions du ministère public avant le délibéré. Ce procès, très suivi, illustre une nouvelle fois la difficulté de prévenir les féminicides malgré les dispositifs existants.